En mars 2013, le forum de la jeunesse Feathers of Hope a eu lieu à Thunder Bay, en Ontario. Plus de 100 jeunes de 62 communautés autochtones du Nord y ont participé en partageant leurs « expériences de vie » et en discutant des « enjeux qui touchent leur vie » dans le nord de l’Ontario. Durant la dernière journée du forum, les jeunes participants ont présenté à un groupe de leaders communautaires et gouvernementaux ce qui est devenu la publication de l’événement, Feathers of Hope: A First Nations Youth Action Plan.

Le plan visait à traiter de l’héritage du colonialisme et des pensionnats autochtones au sein de leurs propres communautés tout en discutant de questions plus importantes, comme la santé mentale et physique, l’abus de substances et la tragédie du suicide chez les jeunes. On y abordait également l’importance de solidifier les enseignements, la culture, l’identité et l’éducation des Premières Nations par l’entremise de processus de guérison et de croissance. En outre, le plan examinait des enjeux comme l’obtention d’un soutien financier durable, le repérage de modèles et de conseillers communautaires aux fins d’un activisme continu et les méthodes de création d’un mouvement. Ces jeunes activistes ont souligné, d’abord et avant tout, l’importance d’un leadership composé de jeunes autochtones par la mise sur pied d’un mouvement permanent visant à consolider leurs communautés et leurs cultures pour les générations à venir. Les recommandations formulées par le forum sur tous ces enjeux ont été regroupées sous la bannière « Prendre des mesures pour rendre l’espoir réel. »

Objectifs et activisme

La pauvreté et les « conditions de désespoir » éprouvées par certaines communautés autochtones du nord de l’Ontario ont motivé cinq jeunes qui, dans leur rôle d’activiste, ont organisé le forum sur une période de près de deux ans. Au terme de celui-ci, ils ont déclaré :

Le processus d’organisation du forum Feathers of Hope a démontré que les partenariats qui soutiennent un espace sécuritaire et respectueux permettent aux jeunes de s’exprimer avec pouvoir et passion sur leur détermination à créer du changement. Voilà, essentiellement, pourquoi ce projet est si important pour nous. Les jeunes des Premières Nations mérite mieux que les vies de négligence et de marginalisation qu’elle a été forcée de vivre en raison de l’échec du gouvernement, de celui du leadership des Premières Nations et, par conséquent, de celui de nos communautés à répondre à ses propres besoins fondamentaux... a aidé les jeunes personnes à prendre conscience qu’elles peuvent partager leurs sentiments et leurs expériences, discuter de leurs besoins, de leurs rêves et de leurs espoirs pour l’avenir, et ajouter leur voix et leur énergie afin de collaborer avec leurs communautés, le leadership et le gouvernement pour créer de véritables changements.1

Au total, le plan résumait les expériences et les perspectives diverses de plus de 175 jeunes vivant sur des communautés autochtones du nord de l’Ontario. Ceci démontrait un désir profond d’aller de l’avant et de grandir aux côtés de leurs cultures et de leurs communautés :

Nous avons l’impression d’avoir un pied dans deux mondes — le monde moderne et le monde traditionnel —et pourtant, nous ne sommes liés à aucun. Les pensionnats autochtones ont détruit le rapport que plusieurs d’entre nous entretenons avec nos histoires et nos traités. Nous voulons parler nos langues. Nous voulons un lien plus étroit avec la terre, avec nos traditions, avec nos communautés et avec les aînés, et vivre dans des communautés auxquelles nous pouvons redonner et au sein desquelles l’entraide existe. Ces éléments sont importants puisqu’ils solidifient notre sentiment identitaire en tant que jeunesse des Premières Nations. Mais nous sommes plus que cela; nous sommes également modernes (ou de nos temps?), et désirons recevoir une éducation et vivre des expériences postsecondaires hors Premières Nations. Nous sommes des jeunes qui souhaitent avoir accès à des circonstances opportunes et connaître le succès.2

Le plan comportait plusieurs recommandations sur une gamme de sujets, y compris ceux touchant la commémoration du régime des pensionnats autochtones. Celles-ci cassaient des mythes en s’efforçant :

  1. D’établir un jour reconnu à l’échelle nationale commémorant les vies détruites par les pensionnats autochtones et par les répercussions que ceux-ci continuent d’avoir sur l’existence des jeunes, des adultes et des personnes âgées des Premières Nations.

  2. D’établir un mois de l’histoire des Premières Nations (au même titre que le mois de l’histoire des Noirs).

  3. De concevoir et de mettre en œuvre, avec la participation de la jeunesse des Premières Nations, un programme qui enseigne la vraie histoire des pensionnats autochtones, des écoles de jour et de la Rafle des années 1960 aux fins de neutraliser les stéréotypes méprisants et les « débats » trompeurs véhiculés par les médias.

  4. D’établir des partenariats et des bourses pour la jeunesse des Premières Nations afin de promouvoir l’accès à des ressources de diffusion et médiatiques et de favoriser la création d’un contenu réel concernant les Premières Nations.

  5. De financer l’établissement d’un plus grand nombre de réseaux, comme la chaîne de télévision des Peuples Autochtones (Aboriginal Peoples Television Network), et de traiter de sujets importants pour les Peuples Autochtones dans toute notre diversité.

  6. D’assujettir la publication d’articles clairement racistes à des lois réprimant la propagande haineuse.

  7. De commencer par les familles. Nous devons appuyer (soutenir?) les familles puisque ce sont elles qui apporteront le soutien nécessaire à l’amorce du processus de guérison.

De façon générale, le plan d’action des jeunes Feathers of Hope encourageait l’activisme engagé et communautaire en mettant l’accent sur « l’importance et le pouvoir de l’espoir ». En admettant qu’il n’existe « aucune solution rapide aux défis que doivent relever les enfants et la jeunesse des Premières Nations, ainsi que leur famille et leurs communautés », le plan présentait des étapes « à suivre pour démarrer un processus de changement axé sur l’amélioration de nos vies et sur la guérison de nos communautés ».

Questions de mise en relation

  1. Comment les activistes derrière le plan d’action des jeunes Feathers of Hope décrivent-ils leurs objectifs? Quel rôle y joue l’identité?
  2. Après la lecture du plan d’action, quels éléments vous paraissent les plus importants?
  3. Comment définissez-vous votre communauté? Quels défis doit-elle relever? Si vous deviez mettre sur pied un plan d’action pour votre communauté, qu’inclurait-il? Selon vous, quel type d’activisme permettrait d’intéresser positivement les gens à ces enjeux?

Citations

  • 1 : “Letter from the Youth Amplifiers,” dans Together We Are...Feathers of Hope: A First Nations Youth Action Plan  (Bureau de l’intervenant en faveur des enfants, 2014), 10-11, portail canadien de la recherche en protection de l’enfance. Reproduit avec l’autorisation du Bureau de l’intervenant en faveur des enfants, 2014.
  • 2 : “Letter from the Youth Amplifiers,” dans Together We Are...Feathers of Hope: A First Nations Youth Action Plan  (Bureau de l’intervenant en faveur des enfants, 2014), p. 13, Portail canadien de la recherche en protection de l’enfance. Reproduit avec l’autorisation du Bureau de l’intervenant en faveur des enfants, 2014.
  • sur des communautés autochtones : Depuis le début du système de réserves dans les années 1830, de nombreux membres des Premières Nations ont habité dans des réserves au Canada. Historiquement, les réserves servaient de « laboratoires sociaux » où les habitants des Premières Nations allaient devenir productifs, « civilisés », christianisés et être assimilés au mode de vie des colons. Il y a de plus en plus de gens qui vivent à l’extérieur des réserves dans des zones urbaines ou simplement hors réserve. Au fil des ans, de nombreuses réserves sont devenues des communautés auto-gouvernées relativement autonomes. Le recensement canadien le plus récent indique qu’un peu plus de 50% des membres des Premières Nations ayant le statut d’Indien vivent hors réserve. Aujourd’hui, la façon progressive de désigner une réserve est « communauté autochtone ».
  • écoles de jour : En plus des pensionnats et des écoles industrielles, les écoles de jour faisaient partie du système de pensionnats pour les enfants autochtones au Canada. Souvent situées sur les réserves, ces écoles ont accueilli environ les deux tiers des élèves autochtones tout au long de l’histoire du système. Elles étaient dirigées par les autorités municipales et les églises, et elles visaient les mêmes buts que les pensionnats autochtones : la christianisation et l’assimilation. De nombreux problèmes et abus relevés dans les pensionnats étaient également le lot des écoles de jour.
  • Peuples Autochtones : Terme dont l’étymologie est liée au terme latin du milieu du 17e siècle aborigines qui signifie « premiers habitants ». Autochtone est le terme juridique privilégié au Canada pour le grand groupe diversifié des Premières Nations, des Métis et des Inuits.

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