Les représentants du gouvernement, les administrateurs scolaires, les membres du clergé et les laïcs associés à l'exploitation des pensionnats n'étaient pas l'objet principal de la Commission de vérité et réconciliation. Cependant, les abus commis par les personnes et les institutions ont constitué une partie centrale du témoignage fourni par les Survivantes et les Survivants, et leur famille et alliés. Dans l'ensemble, les agresseurs n'ont pas été nommés de façon individuelle dans les événements de la Commission de vérité et réconciliation, bien que leurs crimes et leurs abus aient été le sujet de plusieurs témoignages, voire de tous les témoignages. Dans de nombreux événements publics, les membres des différentes églises et des représentants du gouvernement sont apparus en personne et ont présenté leurs excuses.1

Pour certains, l'absence de témoignages des gens chargés de diriger les écoles constitue une grande faiblesse. Clément Chartier, président du Ralliement national des Métis, a participé à plusieurs événements de la Commission de vérité et réconciliation.2 Lors de l'événement national de Saskatoon tenu le 22 juin 2012, il a déclaré : « Pour arriver à une réconciliation complète, il faut deux parties. Ce ne peut pas être seulement la nation métisse qui parle pour elle-même. »3

En l'absence des agresseurs, plusieurs Survivantes et Survivants estiment que la réconciliation peut seulement être un processus interne à cette étape avec l'espoir que d'autres formes de réconciliation suivront. Comme l'a affirmé le Chef régional pour Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, Morley Googoo, lors d'une réunion du Outreach Residential School Atlantic Committee, « Nous devons nous réconcilier entre nous ».4

Le juge Murray Sinclair, l'un des commissaires et président de la Commission de vérité et réconciliation, explique cette étape de la façon suivante :

La réconciliation consiste à établir une relation respectueuse entre les Autochtones et les non-Autochtones. Avant de pouvoir avoir un respect mutuel, nous devons comprendre à quel point il est important de s'assurer que les Autochtones des générations futures se respectent eux-mêmes. C'est une chose difficile, car elle nécessite de défaire plusieurs choses qui sont ancrées dans le racisme du passé... Que cette histoire d'oppression, de privation des Autochtones de leur foi en eux-mêmes, de leur croyance dans leurs systèmes et leur culture, de leur capacité de parler leur langue, de comprendre leur propre histoire, a donné naissance à une population de jeunes autochtones qui sont en colère et frustrés, mais qui ressentent aussi un sentiment de perte, car ils souhaitent que ces choses soient remises dans leur vie. Ils veulent savoir ce que c'est que d'être Anishinaabe, ils veulent savoir ce que c'est que d'être Cri, Déné et Dakota.5

Fred Kelly, un Survivant des pensionnats qui était membre de l'équipe autochtone qui a négocié la convention de règlement, réfléchit à la réconciliation de la façon suivante : « Les reproches d’avoir été forcé de fréquenter le pensionnat et d’avoir eu à subir des expériences aussi terribles doivent être adressés à quelqu’un. Certainement qu’il y a des reproches à faire, mais au lieu de crier vengeance, le Survivant cherche plutôt à comprendre ce qui s’est passé. La personne veut faire la paix avec elle-même... Plus important que tout, on doit se pardonner. »6 M. Kelly a prononcé cette déclaration publique sur la réconciliation, peu importe s'il est en mesure de rencontrer les gens qui ont dirigé les pensionnats :

Un gouvernement fondé sur la paix, sur l’ordre et sur des principes de « bon gouvernement » et, malgré tout, responsable d’avoir infligé les sévices horribles attribués au régime des pensionnats est celui que je suis disposé à rencontrer pour traiter de la primauté du droit, ce qui comprend la mise en application des droits et des traités des Peuples Autochtones comme pierre angulaire d’une future réconciliation. Une Église qui a validé le complexe de supériorité impitoyable des rois européens ayant justifié la persécution des Autochtones et le vol de leur territoire, qui a réprimé leurs cultures en les condamnant comme des suppôts de Satan, est celle avec laquelle je suis disposé à parler de réconciliation... Un clergé soumis à la foi chrétienne fondée sur les enseignements du Christ, ayant manifesté un si grand amour envers la pureté et l’innocence des enfants, mais dont des membres ont pourtant infligé des sévices physiques et sexuels aux enfants autochtones, sont des hommes et des femmes que je suis disposé à rencontrer dans ma communauté pour parler de réconciliation. Et, advenant qu’ils croient encore à l’enfer, de grâce épargnez-les. Oui, Père, je suis prêt. Comme dernière réaffirmation personnelle, ce n’est pas Dieu qui a fait du mal et qui a blessé profondément des générations d’enfants innocents, mais plutôt des êtres humains faisant partie des Églises qui ont entrepris en son nom de christianiser et de causer préjudice et souffrance. Je n’ai pas le droit, ni la prérogative, de pardonner ce qui a été fait à mes frères, à mes sœurs et à mes amis très chers, car ils doivent le faire eux-mêmes. Malheureusement, beaucoup d’entre eux sont décédés. Cependant, je voudrais dédier cette déclaration de réconciliation à leur mémoire. Je ne peux parler qu’en mon nom, Père.7

Questions de mise en relation

  1. Clément Chartier, président du Ralliement national des Métis, affirme que « Pour arriver à une réconciliation complète, il faut deux parties. Ce ne peut pas être seulement la nation métisse qui parle pour elle-même. » Que veut-il dire? Quelles questions pourriez-vous lui poser?
  2. Morley Googoo, Chef régional pour Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, a déclaré lors d'une réunion du Outreach Residential School Atlantic Committee, « Nous devons nous réconcilier entre nous ». Que signifie cette déclaration pour vous? Pensez-vous que cette vision limite la portée de la réconciliation à laquelle la Commission de vérité et réconciliation peut parvenir?
  3. Fred Kelly indique les éléments qui lui ont permis de se réconcilier avec le gouvernement et l'Église. Que sont ces éléments? Peuvent-ils être appliqués de façon plus générale?
  4. Veuillez définir le terme agresseur. Songez aux responsables des crimes dans les pensionnats. Étaient-ils tous des agresseurs responsables?

Citations

  • 1 : Ronald Niezen souligne que la Commission a « rigoureusement exclu l'identité des agresseurs présumés de ses procédures, en empêchant leurs noms d'être même inscrits au registre par l'entremise des récits des Survivantes et des Survivants, et en préservant leur invisibilité et leur anonymat tout au long de ses activités ». Voir Ronald Niezen, Truth and Indignation: Canada’s Truth and Reconciliation Commission on Indian Residential Schools (University of Toronto Press, 2010), 183–185, 221–223.
  • 2 :  De nombreux Métis ont été exclus des procédures de la Commission de vérité et réconciliation et des ententes de règlement, car le groupe n'était pas reconnu comme « indien » et la majorité de ses jeunes n'ont pas fréquenté les pensionnats commandités par le gouvernement.  La question est maintenant devant les tribunaux.
  • 3 : Cité dans Ronald Niezen, Truth and Indignation.
  • 4 : Déclaration du Chef Morley Googoo, au Outreach Residential School Atlantic Committee, réuni sous l'égide du Congrès des chefs des Premières nations de l'Atlantique, Glooskap Heritage Centre, Millbrook, Nouvelle-Écosse, 6 mars 2012. Cité dans Ronald Niezen, Truth and Indignation.
  • 5 : « Reconciliation through Education », Queen’s Gazette, 30 mars 2015, consulté le 8 mai 2015. Merci à David MacDoland pour cette référence et de nombreuses autres.
  • 6 : Fred Kelly, « Confession d'un païen régénéré », dans De la vérité à la réconciliation : transformer l'héritage des pensionnats (Fondation autochtone de guérison, 2008), 30.
  • 7 : Fred Kelly, De la vérité à la réconciliation, 30. Ce témoignage et d'autres témoignages ont été recueillis par la Fondation autochtone de guérison.
  • métisse : Le terme décrit de façon générale les descendants d'ancêtres européens et des Premières Nations. Au sens plus restreint, Métis fait seulement référence aux descendants des peuples des Premières Nations et des colons français au Manitoba. L'histoire des Métis est le reflet du brassage culturel des différentes façons de vivre pendant la période de la traite des fourrures en Amérique du Nord au dix-septième et au dix-huitième siècles. Éventuellement, ces descendants ont développé une langue, une culture et des traditions différentes.

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