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Pourquoi se réconcilier?

Réfléchissez à la mesure dans laquelle il peut être important pour les Survivants et Survivantes du système des pensionnats autochtones de parler de leurs expériences.
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Pendant des années, les Survivantes et les Survivants des pensionnats n'ont pas parlé des expériences de leur enfance. De nombreux facteurs ont contribué à ce silence. La honte et la stigmatisation associées à la violence et aux abus sexuels ont empêché plusieurs personnes de parler. Qui plus est, plusieurs Survivantes et Survivants ne pouvaient pas trouver les mots pour décrire les expériences douloureuses vécues dans les pensionnats autochtones. 1

Laurel Wood, activiste communautaire et artiste travaillant dans la ville ontarienne de Sioux Lookout, décrit une rencontre avec un partenaire d'affaires qui, avant une réunion, lui a posé la question suivante : « Tu ne penses pas qu'ils devraient en revenir et arrêter de demander des compensations?... Des gens ont vraiment souffert en Europe pendant les guerres et regarde ce qu'ils ont réussi à faire. Ils ont juste à se ressaisir et à passer à autre chose ». Mme Woods se souvient d'avoir été complètement prise de court. Elle s'est alors demandé : « Comment puis-je commencer à décrire l'héritage de désespoir et de douleur qui a suivi une attaque systématique contre toutes les Premières Nations  de notre pays, pendant des centaines d'années? Par où commencer pour résumer les problèmes non résolus et perpétuels auxquels les Premières Nations doivent faire face au quotidien? » 2

Mme Wood était l'une des nombreuses personnes qui n'étaient pas capables de « juste passer à autre chose ». Garnet Angeconeb est un aîné Anishinaabe et un Survivant du pensionnat autochtone Pelican Lake. Dans le cadre de son travail avec la Fondation autochtone de guérison, M. Angeconeb a parlé de son parcours long et douloureux et des effets positifs de briser le code du silence entourant l'expérience dans les pensionnats :

Dans mon enfance... On m'a arraché à ma famille aimante. Cela a créé une douloureuse confusion. Une fois à l'intérieur du système de pensionnats autochtones, j'ai eu peur. J'étais perdu. J'étais seul. Je me sentais trahi. Je me sentais abandonné. J'ai été abusé : physiquement, culturellement, spirituellement, mentalement, émotivement et oui, sexuellement.

Cela n'allait pas se passer comme ça. On m'a dit qu'il était décédé un an avant. La nouvelle m'a frappé durement. J'étais triste. Je me suis demandé comment je pouvais pardonner à quelqu'un qui était décédé... Alors au printemps 2002, lors d'un rassemblement de guérison, j'ai trouvé le courage de parler à l'esprit de mon agresseur. Devant ma famille immédiate et d'autres témoins, j'ai prononcé des mots de pardon. À ce moment, j'ai senti qu'on me délestait d'un lourd fardeau. Je sentais que mon esprit était en paix. C'est en nous libérant de nos fardeaux, quels qu'ils soient, que nous pouvons amorcer un bon dialogue. En tant que citoyens de ce pays, nous devons avoir un dialogue constructif. Nous ne pouvons plus avoir peur de nous parler. Nous ne devrions pas à avoir à régler nos différends devant les tribunaux. Nous ne pouvons plus nous parler par l'entremise des médias. 3

Darlene Auger, agente de liaison régionale pour la Commission de vérité et réconciliation, a expliqué l'importance de parler de l'expérience vécue dans les pensionnats autochtones et de la partager:

Il s'agit de guérison lorsque vous commencez à en parler, l'expérience devient réelle; vous la mettez devant vous et vous pouvez la regarder. Vous vous en séparez, vous commencez à vous séparer de l'expérience. Vous ne souffrez pas. Vous êtes un esprit beau et merveilleux, un être humain beau et merveilleux qui a vécu une très mauvaise expérience, peut-être même une expérience douloureuse. Mais cette expérience ne vous définit pas. Ainsi, c'est un sentiment encore plus profond que de parler de cette expérience, de la partager, et de la consigner afin que les générations futures puissent vous entendre et vous voir. 4

  • 1Ronald Niezen, juriste et anthropologue, cite un juge de la Colombie-Britannique qui a déclaré : « On en vient à la conclusion que les actes indicibles perpétrés sur ces jeunes enfants étaient exactement ça : à l'époque, ils étaient tus pour la plupart ». Voir Ronald Niezen, Truth and Indignation: Canada’s Truth and Reconciliation Commission on Indian Residential Schools (University of Toronto Press, 2013), Kindle Locations 1514–1518.
  • Premières NationsLes Premières Nations vivent en Amérique du Nord depuis des dizaines de milliers d'années. Aujourd'hui, le terme fait référence aux quelque 617 communautés différentes, traditionnellement formées d'environ 400 personnes. Ces nations affichent une grande richesse et une grande diversité d'identités, de cultures et de coutumes. Plusieurs voient l'Amérique du Nord comme leur patrie traditionnelle et ne reconnaissent pas certains aspects de la souveraineté des États-Unis et du Canada. Avec les Métis et les Inuits, les Premières Nations font partie d'un plus grand groupe officiellement appelé Peuples autochtones du Canada.. 
  • 2Jennifer Morrow, « Starting to Talk: A Guide for Communities on Healing and Reconciliation from the Legacy of Indian Residential Schools » (The Sioux Lookout Community Coalition for Healing and Reconciliation).
  • 3Site Web de la Fondation Autochtone de Guérison. Reproduit avec l'autorisation de la Fondation Autochtone de guérison.
  • 4Ronald Niezen, Truth and Indignation: Canada’s Truth and Reconciliation Commission on Indian Residential Schools (University of Toronto Press, 2013).

Credit:
The Canadian Press / Darryl Dyck

Questions de mise en relation

  1. Selon Laurel Wood, pourquoi certains anciens élèves des pensionnats ne peuvent tout simplement pas « passer à autre chose » par rapport à l'expérience? Qu'est-ce que ça signifie quand une personne dit « passe à autre chose »? Est-ce que l'on vous a déjà dit de passer à autre chose? Comment vous êtes-vous senti?
  2. Garnet Angeconeb parle d'un « code du silence non écrit » entourant l'expérience des pensionnats autochtones. Que veut-il dire? Pourquoi est-il important de briser le code du silence selon lui?
  3. Qu'est-ce que le pardon? Quelles sont les implications lorsque ce sont des groupes, et non des individus, qui sont concernés?
  4. M. Angeconeb affirme également que « en tant que citoyens de ce pays, nous devons avoir un dialogue constructif ». À quoi devrait ressembler ce dialogue? Sur quoi porterait-il?
  5. Darlene Auger affirme qu’ « il s'agit de guérison lorsque vous commencez à en parler ». Que veut-elle dire? Êtes-vous d'accord avec elle? Quelle est sa définition de la guérison?

How to Cite This Reading

Facing History & Ourselves, "Pourquoi se réconcilier?," last updated October 29, 2019.

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— Claudia Bautista, Santa Monica, Calif