Comme le terme Indien, le mot Métis est un terme européen (français pour « mélangé ») qui fait référence aux Autochtones de descendance française ou britannique. Bien que les groupes francophones et anglophones fussent distincts à l'origine, aujourd'hui, l'identité métisse comprend de façon plus large les gens de descendance des Premières Nations et des deux héritages européens. Historiquement, les Métis ont joué le rôle d'intermédiaires entre les marchands européens et les Peuples Autochtones. La majorité des Métis vivait dans des communautés le long des routes du commerce colonial, de l'Ontario vers l'ouest. Ils sont maintenant nombreux à habiter dans des communautés urbaines. Les Métis n'ont pas eu la reconnaissance de groupe en tant que Peuples Autochtones avant l'adoption de la Loi constitutionnelle de 1982, et par conséquent, ils ne constituaient pas un peuple selon le gouvernement fédéral.

Les Métis ont réagi à leur marginalisation en adoptant des symboles pour renforcer leur identité collective et créer un sentiment de fierté. À titre d'exemple, le drapeau métis, rouge ou bleu avec le symbole de l'infini, représente le regroupement de nations parentes mixtes. Bien que certains Métis pratiquent le spiritualisme ancestral et que d'autres pratiquent des formes de christianisme, de nombreux Métis intègrent le christianisme à la spiritualité autochtone.

En raison des relations commerciales, des mariages et des échanges culturels qui se sont développés entre les colons et les habitants des Premières Nations, les langues autochtones se sont organiquement adaptées pour inclure les structures et les mots européens (comme l'ont fait les langues européennes, dans une moindre mesure). Le mitchif, la langue métisse-française, est l'un des exemples les plus probants de la fusion des deux cultures. Cette langue unique combine des verbes du cri, de l'ojibwé et d'autres langues des Premières Nations avec des noms et d'autres phrases en français. Le mitchif était largement utilisé dans les régions où les Métis vivaient et travaillaient. Mais les langues des Premières Nations sont en déclin chez les Métis. Bien que de nombreux Métis étaient plurilingues, parlant le français ou l'anglais, des langues des Premières Nations comme le cri ou le saulteaux et, souvent, le mitchif, il ne reste plus que 600 locuteurs du mitchif en vie aujourd'hui.1

Guy A. Lavallée est un prêtre métis qui a mené une série de 65 entrevues en faisant des recherches sur les origines du mitchif dans la région de St-Laurent au Manitoba.2 Il affirme qu'il n'existe aucune preuve directe pouvant expliquer la création du mitchif. Mais on en sait beaucoup aujourd'hui sur la création des langues créoles (ou « dialectes pidgins ») lorsque deux cultures interagissent. De nombreuses langues ont été formées dans un contexte colonial où les colons de l'extérieur interagissaient avec deux groupes ethniques ou plus et pensaient qu'une langue commune simplifiée faciliterait le commerce et la communication. Pour prendre un exemple classique, on peut citer la langue fondée sur le français appelée créole haïtien, qui est apparue au 18e siècle après les contacts quotidiens entre les colons français et propriétaires d'esclaves et leurs esclaves africains.3

Dans le passage qui suit, l'une des personnes interrogées, Frank Ducharme, un aîné métis, réfléchit au développement de la langue mitchif. Dans une entrevue, M. Ducharme suit la tradition de conteur en racontant l'histoire du mitchif à la première personne. Comme les autres Aînés interrogés par M. Lavallée, M. Ducharme situe le commencement de la langue, qui est différente du français ou des langues autochtones, au début des années 1800 :

J'ai une théorie sur l'origine de la langue que nous parlons et elle va comme suit : Nous sommes, disons, à l'année 1800 à Rivière-Rouge. Un commerçant de fourrures français qui travaillait pour la Compagnie de la Baie d'Hudson rencontre cette belle Indienne. Ils se mettent ensemble et, neuf mois plus tard, me voilà. Mon père français doit quitter notre foyer pour chasser et trapper pour la Compagnie; parfois, il part pour deux ou trois mois. Dans l'intervalle, je suis à la maison avec ma mère, qui ne parle pas un mot de français, et qui me parle continuellement dans sa langue maternelle, soit en saulteaux ou en cri. J'ai grandi en apprenant la langue de ma mère. Lorsque mon père revient de la chasse, il me parle dans sa langue, le français : il ne parle pas un mot de saulteaux ou de cri. Ainsi, j'ai grandi en apprenant la langue indienne et la langue française. En interagissant, en jouant et en parlant avec les autres enfants qui étaient dans la même situation que moi, nous avons développé cette nouvelle langue, appelée le mitchif français.

Questions de mise en relation

  1. En quoi le développement du mitchif, comme le décrit Frank Ducharme, illustre-t-il la façon dont il perçoit l'héritage métis?
  2. Que laisse entendre l'histoire de M. Ducharme sur l'origine du mitchif? Que suggère-t-elle au sujet du développement des langues? Au sujet du développement des langues dans la vie réelle?

Citations

  • 1 : Kevin Ma, « Researcher digs into near-extinct Métis language », St. Albert Gazette, 13 mars 2013, consulté le 18 septembre 2014.
  • 2 : Guy A. Lavallée, « The Mitchif French Language: Historical Development and Métis Group Identity and Solidarity at St. Laurent, Manitoba » Native Studies Review 7 (1991), 84.
  • 3 : Salikoko S. Mufwene, « Pidgin and Creole Languages », consulté le 17 juin 2015. Cet essai a été publié à l'origine dans l'édition de 2002 de l'International Encyclopedia of the Social and Behavioral Sciences (L'Encyclopédie internationale des sciences sociales et comportementales).

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