Des récits transmis en Inuktitut, la langue inuite du Nord-est canadien, racontent l’histoire et les traditions des Inuits, des pratiques en matière d’éducation des enfants en passant par les usages de la terre jusqu’à l’interprétation des rêves. D’autres formes de communication incluent la danse, les cérémonies, les objets sacrés et le chant, qui sont aussi des façons de transmettre les héritages. Tel est le cas de la tradition du chant guttural, ou Katajjaq, qui fait partie de la culture inuite depuis des millénaires. Il est interprété comme une compétition amicale entre deux femmes. La perdante est la première à rire ou à s’arrêter de chanter1. Les chants imitent les sons de la nature, comme le débit de l’eau d’une rivière. Ils parlent également des expériences quotidiennes des ancêtres — simulant, par exemple, le son de chiens essoufflés tandis qu’ils tirent des traîneaux sur la glace.

Le Katajjaq est parfois décrit comme une forme d’art « quasiment disparue ». Quoique banni pendant des décennies au même titre que d’autres cérémonies et pratiques autochtones, il a refait surface au cours des 20 à 30 dernières années2. Karin Kettler et sa sœur Kathy ont pris part à la revitalisation du Katajjaq en interprétant des chants gutturaux au sein d’un duo intitulé Nukariik, un terme qui signifie « sœurs » en Inukitut3.

Evie Mark est une chanteuse gutturale inuite et activiste renommée qui habite Ivujivik. Dans un entretien accordé à Musical Traditions, Mark explique l’importance que revêt pour elle le chant guttural :

Je voyais plusieurs personnes âgées interpréter des chants gutturaux, et cela me fascinait. Comment ces deux femmes pouvaient-elles émettre un son aussi unique, exceptionnel et spirituel? Comment s’y prenaient-elles? Je veux [voulais] le découvrir, et c’est ainsi que durant mes jeunes années, l’apprentissage du Katajjaq est devenu l’un de mes objectifs.

... Ce qui compte pour moi est l’identité, ce que je suis, ce qu’est mon environnement. Le chant guttural solidifie mon identité. C’est la même chose pour les jeunes. Bien qu’élevée par mes grands-parents, comme une Inuite pure, certains membres de la communauté m’ont abaissée parce qu’un de mes parents était blanc. Je voulais leur prouver qu’ils avaient tort. Je réalise aujourd’hui que je ne pouvais prouver ceci à personne. Mais lorsque tu as neuf ou dix ans et que l’on te dénigre, il est facile de croire en ce type de paroles.

Même si je suis moitié blanche, je me considère comme une véritable Inuite. Toutefois, mes antécédents de blanche me permettent de partager ma culture avec les sociétés non inuites, comme les sociétés anglaises ou françaises. Je peux affirmer que je suis membre d’un peuple inuit, que je suis une Inuite, et que ce sont là nos origines. Ainsi, je peux non seulement partager mes connaissances, mais également valider notre identité. Je me suis produite dans de nombreux pays, dans tant de différents endroits, dans des centaines d’écoles, sur différentes scènes, à Montréal, aux quatre coins du Canada, au Groenland, en Angleterre, au Danemark, et ailleurs.4

De maintes façons, l’histoire de Mark est représentative de la place qu’elle occupe au sein d’une génération d’intermédiaires entre les communautés autochtones et non autochtones. Certains croient qu’ils peuvent, de cette façon, ouvrir la voie vers une compréhension nouvelle de l’histoire et de l’avenir du Canada.

Questions de mise en relation

  1. Selon Evie Mark, quelle est l’importance d’une pratique culturelle telle que le chant guttural? Que gagne-t-on à raviver cette tradition?
  2. En quoi le chant guttural a-t-il contribué à l’identité d’Evie Mark? Comment l’a-t-il aidée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté inuite?
  3. Est-ce que vous et votre famille avez des traditions culturelles qui ont été transmises d’une génération à l’autre? Si oui, comment les avez-vous apprises? Que connaissez-vous de leurs origines?
  4. En quoi le partage des traditions de Mark est-il favorable aux peuples non autochtones du Canada? De quelles façons Mark est-elle une défenseuse des droits?

Citations

  • 1 : Deschênes, Bruno, “Inuit Throat-Singing,” Musical Traditions1er janvier 2001. Les sons produits par le chant guttural sont uniques et facilement reconnaissables, mais les techniques d’interprétation varient parmi la population inuite. En général, au contraire de chants mélodiques ou harmoniques, le Katajjaq ne contient pas de notes précises et est plutôt fondé sur le rythme et la cadence. Ces chants ne sont que rarement accompagnés de paroles, utilisant plutôt des syllabes sans signification et des techniques de respiration pour créer la musique. Voir Alaska Dispatch News, 23 octobre 2013.
  • 2 : Loohauis, Jackie, “Sisters performing almost-lost art,” Milwaukee Journal Sentinel, 6 septembre 2003. Voir également “Inuit Throat-Singing,” site Web The Magazine for Traditional Music throughout the World, consulté le 19 septembre 2014.
  • 3 : Inuit Art Quarterly (Hiver 2001), 15.
  • 4 : Deschênes, Bruno, “Inuit Throat-Singing,” Musical Traditions, 1er janvier 2001.

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