Quelles sont les idées que les premiers Européens ont apportées avec eux au Canada pour déterminer comment réagir aux Peuples Autochtones qu'ils rencontraient? Les voyageurs, les ecclésiastiques, les marchands et plus tard, les décideurs européens du supposé Nouveau Monde ont projeté une vaste gamme d'idées sur les gens qu'ils allaient décrire comme des Indiens. Ces idées ont pris forme avant même le contact, lorsque les Européens ont réagi aux rencontres avec des non-Européens à d'autres endroits, comme l'Asie et l'Afrique. Lorsqu'ils ont rencontré les populations autochtones en Amérique du Nord, des gens qu'ils connaissaient peu, les Européens ont imposé leurs vieilles idées et leurs vieux stéréotypes.

Cette lecture est conçue pour explorer ces préjugés et ces stéréotypes. Plusieurs de ces idées circulent encore dans les médias aujourd'hui, et il est important de connaître les origines de ces notions problématiques. Mise en garde : les mots utilisés dans les extraits ci-dessous peuvent être offensants et racistes. Les mots et les termes offensants ne sont pas présentés comme valides ici; ils permettent plutôt d'étudier le fonctionnement des stéréotypes.

Lorsque les Français et les Britanniques ont commencé à recevoir des nouvelles de l'Amérique du Nord des marchands, des explorateurs et des missionnaires, les populations locales étaient souvent décrites comme des gens nobles et simples. Certains Européens imaginaient les communautés autochtones comme une société primitive idéale, dont les membres vivaient librement dans un état plus simple et plus pacifique que les états européens. D'autres Européens les décrivaient plutôt comme des barbares, un terme que les Grecs et les Romains utilisaient pour décrire les peuples qui ne parlaient pas leur langue et ne partageaient pas leur culture.1 À d'autres moments, les Européens ont utilisé le terme sauvage pour décrire les peuples qu'ils croyaient non civilisés. Au 17e siècle, Francis Daniel Pastorius, le fondateur de Germantown, en Pennsylvanie, a écrit sur les populations locales qu'il a rencontrées :

Les Autochtones, ceux que l'on appelle sauvages... ils sont, en général, des gens forts, agiles et souples, avec un corps noirâtre. Ils se promenaient nus à l'origine, portant seulement un linge aux hanches. À présent, ils commencent à porter des chemises... Ils recherchent l'honnêteté, respectent scrupuleusement leurs promesses, ne trichent pas et ne blessent personne. Ils offrent volontairement le gîte aux autres et se montrent utiles et loyaux envers leurs invités. Une fois, j'en ai vu quatre prendre un repas ensemble avec une grande satisfaction, et manger une citrouille cuite dans l'eau claire, sans beurre ni épices. Leur table et leur banc sont le sol nu, leurs cuillères sont des coquilles de moule qu'ils plongent dans l'eau chaude, leurs plats sont les feuilles de l'arbre le plus proche qu'ils n'ont pas besoin de laver minutieusement après le repas ou besoin de conserver pour une utilisation future. Je me suis dit que ces sauvages n'avaient jamais entendu parler des enseignements de Jésus sur la tempérance et le contentement, et qu'ils étaient tout de même supérieurs aux chrétiens dans ce domaine.2

Les Européens, fascinés par le mode de vie qu'ils ont découvert dans les Amériques, ont rapidement intégré les gens qu'ils appelaient Indiens dans leur propre vision du monde. De nombreux Européens étaient de fervents chrétiens et pour eux, les Indiens représentaient l'humanité dans son enfance; ils les comparaient à Adam et Ève.3 Les Européens croyaient que les différences entre eux et les Indiens pouvaient être surmontées dans un environnement civilisé et religieux. Ainsi, les « sauvages » pouvaient devenir comme eux, des Européens.4

Mais cette vision de la vie autochtone comporte un côté plus sombre. L'image occidentale des Peuples Autochtones en Amérique du Nord a poussé plusieurs personnes à juger que les nobles sauvages étaient également des créatures non civilisées semblables à des animaux. À titre d'exemple, le prêtre français Louis Hennepin n'a pas été tendre envers les Autochtones qu'il a rencontrés en 1683 et qu'il a jugés sévèrement. Son compte rendu de cette rencontre a mené à un jugement très cru de ces gens « non civilisés » :

Les Indiens ne se troublent que très peu de nos civilités; au contraire, ils nous ridiculisent quand nous les pratiquons. Lorsqu'ils arrivent quelque part, souvent, ils ne saluent personne... S'il y a une chaise devant le feu, ils la prennent et ne se lèvent pour personne. Les hommes et les femmes cachent seulement leurs parties intimes. Ils traitent leurs aînés avec une grande incivilité... Leurs conversations, entre hommes ou femmes, sont généralement de nature indécente... Ils ne lavent jamais leurs assiettes, faites de bois ou d'écorces, ni leurs bols ou leurs cuillères... Ils mangent en reniflant et en soufflant comme des animaux... Lorsqu'ils mangent de la viande grasse, ils s'enduisent tout le visage de graisse. Ils rotent continuellement. Ceux qui ont des échanges avec les Français ne lavent pratiquement jamais leur chemise et la laissent plutôt pourrir sur leur dos. Ils se coupent rarement les ongles. Ils lavent rarement la viande avant de la mettre dans une marmite... Au final, ils ne s'imposent aucune restriction et vivent simplement comme des animaux.5

Questions de mise en relation

  1. Qu'avez-vous pensé du ton employé en lisant les deux extraits? Les psychologues affirment que nous incluons tous nos préjugés dans nos expériences. Ces préjugés influencent notre réaction. Selon vous, quels préjugés les auteurs ont-ils inclus dans leur expérience avec les Peuples Autochtones qu'ils ont rencontrés?
  2. Dans la lecture Culture, stéréotypes et identité, nous avons examiné des stéréotypes positifs et négatifs sur les Peuples Autochtones. Pouvez-vous nommer des exemples de ces deux types de stéréotypes dans ces extraits?

Citations

  • 1 : Douglas Harper, entrée « Barbare», Online Etymology Dictionary, Dictionary.com, consulté le 23 février 2015.
  • 2 : Francis Daniel Pastorius, « Circumstantial Geographical Description of Pennsylvania, 1700, including later letters to Germany » dans Narratives of Early Pennsylvania, West New Jersey and Delaware, 1630–1707, éd. Albert Cook Myers (New York: Charles Scribner’s Son, 1912), 384–385.
  • 3 : L'image du « noble sauvage » persiste dans une forme très moderne : le « noble sauvage écologiste » s'appuyant sur les concepts et les affirmations du passé voulant que la vie autochtone était non seulement plus pacifique, mais également plus respectueuse de l'environnement et harmonieuse que la société moderne ne le permet. Voir Shepard Krech, The Ecological Indian: Myth and History (New York: W. W. Norton, 1999), 19–23.
  • 4 : Carol L. Higham, Noble, Wretched, and Redeemable: Protestant Missionaries to the Indians in Canada and the United States, 1820–1900 (Albuquerque: University of New Mexico Press, 2000), 33.
  • 5 : Louis Hennepin, Description de la Louisiane par le père Louis Hennepin, missionnaire récollet, trans. John Gilmary Shea (New York: John G. Shea, 1880).
  • nobles sauvages : Après le contact avec les Peuples Autochtones, certains auteurs européens les ont vus comme des figures nobles et exotiques qui, malgré leur culture « primitive », pouvaient se comporter de façon héroïque (une idée courante dans les films hollywoodiens jusqu'à récemment). Cette idée était un mythe en soi; l'idée « présociale » des Peuples Autochtones était largement imaginée et romancée. Poussée à l'extrême, cette vision sous-entend également qu'ils se comportaient aussi de façon crue, irrationnelle et violente, comme des animaux.

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