En quoi nos idées et nos croyances peuvent-elles nous aider à répondre à la question « Qui suis-je? » En quoi la langue peut-elle décrire, voire même définir, notre identité? Comme dans de nombreuses autres sociétés, les identités autochtones s'expriment par des mots spécifiques qui sont, en retour, intégrés dans des pratiques culturelles, des perspectives politiques et des croyances religieuses. Ainsi, le rôle des mots, c'est-à-dire de la langue, est très important ; il organise les expériences des gens et leur donne une signification. Autrement dit, dans la mesure où une langue est rattachée à la culture et à la vision du monde d'un groupe, elle constitue un élément central de l'identité de ce groupe, car elle définit la façon dont le groupe se comprend lui-même, comprend le monde, et comprend sa place dans le monde.

Dans la lecture Les mots sont importants, nous avons analysé une entrevue tirée du livre de Mary Isabelle Young Pimatisiwin: Walking in a Good Way. Son livre comprend une entrevue avec une autre participante, Aanung, qui parle de la relation entre la langue et l'identité autochtone.

Comme les Peuples Autochtones, nous voyons les choses de notre façon, et une grande partie de cette façon de voir les choses est ancrée dans la langue. Elle vient directement de la langue. [C'est] simplement la façon dont nous voyons le monde, les concepts que nous avons et la compréhension que nous avons en général. Lorsque des non-Autochtones souhaitent comprendre ou essayer de comprendre quelque chose d'une perspective autochtone, honnêtement, je ne crois pas qu'ils le peuvent. Notre vision du monde est ancrée dans la langue et elle est très différente des autres visions du monde. La façon dont nous classons les choses comme animées et inanimées constitue un bon exemple. Les anglophones considèrent les pierres et les arbres comme des choses inanimées et si on le voit d'un point de vue grammatical, nous pouvons parler des suffixes comme mitick (arbre), mitickok (arbres, un suffixe animé). Cela montre que nous les voyons comme des choses vivantes dotées d'une âme. Asin, asiniik (pierres). Et lorsque vous ajoutez le son « ok », le suffixe inninowok (hommes), ekwewok (femmes) sont des choses vivantes, tandis que les choses avec le suffixe « an » comme onagun (plat), onagunan (plats) sont inanimées et ne sont pas des choses vivantes. C'est la meilleure façon dont je peux le comprendre. C'est différent si on parle la langue. Si l'on parle de lui ou elle, le contexte est toujours à la troisième personne. Si l'on parle d'une action, nous l'exprimons par un verbe. Pimosay, il ou elle marche. Il n'y a pas de distinction entre il et elle. Nous utilisons seulement la troisième personne.1

Alex McKay est un Anishinaabe du nord de l'Ontario et un maître de conférence au Département d'études autochtones de l'Université de Toronto. Il parle, comme Aanung, des particularités de sa langue :

Est-ce que les gens sont confus quand je parle des animaux comme des gens? Dans ma langue, cela ne crée pas de confusion. Vous voyez, nous considérons les animaux et les gens comme des choses vivantes. En fait, lorsque les gens de mon peuple voient une créature au loin, ils disent : Awiiyak (Quelqu'un est là). Ce n'est pas qu'ils ne sont pas capables de distinguer les animaux des gens. Ils les abordent plutôt avec le même respect. Une fois qu'ils sont proches et qu'ils peuvent identifier l'ombre de la créature, ils utilisent alors son nom particulier.2

Questions de mise en relation

  1. Qu'est-ce qu'une vision du monde? Connaissez-vous des mots semblables qui expriment la même idée?
  2. Dans les deux extraits ci-dessus, les personnes qui parlent et qui s'auto-identifient comme Anishinaabe, relient leur identité à leur vision du monde et à leur langue. Que signifie le fait qu'ils font référence aux plantes et aux animaux comme des choses animées et que signifie le respect avec lequel ils abordent les animaux? Quelles valeurs se dégagent de ces extraits?
  3. Dans le premier extrait, Aanung dit : « Lorsque des non-Autochtones souhaitent comprendre ou essayer de comprendre quelque chose d'une perspective autochtone, honnêtement, je ne crois pas qu'ils le peuvent ». Pensez-vous qu'elle a raison? Pourquoi? Est-ce qu'il y a des choses dans votre langue qui ne peuvent pas être traduites dans d'autres langues?
  4. Est-il possible de comprendre quelque chose de la perspective d'une autre personne? Quels obstacles devriez-vous surmonter pour voir les choses du point de vue d'une autre personne?

Citations

  • animées : Dans certaines cultures autochtones, il n'y a pas de distinction entre les choses animées et inanimées. Elles sont toutes considérées comme vivantes et dotées d'une âme. Les anthropologues appellent cette vision du monde animisme.
  • 1 : Mary Young, Pimatisiwin: Walking in a Good Way, A Narrative Inquiry into Language as Identity (Manitoba: The Prolific Group, 2005), 47–48. Reproduit avec l'autorisation de Pemmican Publications.
  • 2 : Faymus Copperpot, « Indigenous Language Immersion in Canada », modifié le 11 octobre 2011, consulté en septembre 2014.

Related Content

Reading

Culture, stéréotypes et identité

Réfléchissez sur les forces complexes, y compris les stéréotypes et la culture, qui façonnent les identités autochtones au Canada.

Reading

Qui est à blâmer?

Réfléchissez sur les réflexions de certains dirigeants autochtones sur le rôle que peuvent jouer les auteurs de la maltraitance en ce qui concerne la réconciliation après la fin du système des pensionnats autochtones.

Reading

« J'ai perdu mon parler »

Rita Joe, poète et auteure-compositrice Mi'kmaw, exprime comment elle a vécu le fait d’être forcée de renoncer à sa langue.

Reading

La perte de la langue

Théodore Fontaine se souvient d’avoir été puni pour avoir parlé ojibwé, sa langue autochtone, lorsqu’il était étudiant au pensionnat autochtone de Fort Alexander.

Search Our Global Collection

Everything you need to get started teaching your students about racism, antisemitism and prejudice.