À la fin des années 1970, les églises du Canada faisaient l'objet d'un examen de plus en plus poussé, car elles étaient étroitement liées au projet colonial de civilisation et de christianisation des Peuples Autochtones (avec l'exploitation des pensionnats autochtones) et en raison des conséquences désastreuses du projet de civilisation et de christianisation. Mais rien ne s'est vraiment produit, du moins pas publiquement. Cependant, lors d'une journée ordinaire de 1981, l'activiste autochtone Alberta Billy s'est levée et a dit à l'exécutif du Conseil général de l'Église Unie : « L'Église Unie doit des excuses aux Peuples Autochtones du Canada pour ce qu'elle leur a fait dans les pensionnats. »1 Cette déclaration courageuse a laissé les membres du conseil sans voix. Cinq ans plus tard, après des discussions et une profonde introspection, le Rt. Rev. Robert Smith a offert les excuses suivantes au nom de l'Église Unie.2

Bien avant que mon peuple ne se dirige vers cette terre, votre peuple y était déjà et vous avez reçu de vos Anciens une perception de la création, et du mystère qui nous entoure tous, qui était profonde, riche et qui devait être conservée précieusement. Vous avez partagé votre vision avec nous, mais nous ne vous avons pas entendus. Dans notre zèle de vouloir partager avec vous la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, nous n'avons pas reconnu la valeur de votre spiritualité. Nous avons confondu les moeurs et la culture de l'Occident avec la profondeur, la largeur, la longueur et la hauteur de l'Évangile du Christ... Nous vous avons imposé notre civilisation comme condition à l'acceptation de l'Évangile... Par conséquent, vous et nous sommes tous deux appauvris et l'image du Créateur en nous est déformée, embrouillée et nous ne somme pas ce que Dieu voudrait que nous soyons. Nous vous demandons de nous pardonner.3

L'Église catholique canadienne n'avait pas un rôle collectif dans les pensionnats; les décisions étaient souvent prises de façon individuelle par les diocèses et les ordres. De plus, elle n'a pas présenté d'excuses collectives pour le rôle que les différents diocèses ont joué dans le système de pensionnats. Le pape Benoît XVI a rencontré des leaders autochtones en 2009 et a exprimé sa tristesse pour les expériences vécues par les Survivantes et les Survivants des pensionnats. De nombreux critiques ont affirmé qu'il ne s'agissait pas d'excuses complètes4. Des évêques ont présenté des excuses individuelles, en suivant l'exemple des Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée. Cet ordre, responsable du plus grand nombre de pensionnats, a présenté les excuses suivantes en 1991 :

En 1992, on commémorera le cinquième centenaire de l’arrivée des Européens en Amérique. Alors que de grandioses cérémonies sont projetées pour célébrer l’événement, les Oblats du Canada tiennent à se montrer solidaires des nombreux Autochtones dont la vie et l’histoire ont été perturbées par l’avènement des Européens, en leur présentant leurs excuses... Les récentes accusations portées contre le régime des pensionnats indiens de même que les cas d’abus physique et d’agression sexuelle qui y ont eu lieu exigent également la présentation d’excuses de notre part... Nous nous excusons du rôle que nous avons joué dans l’impérialisme culturel, ethnique, linguistique et religieux qui a marqué la mentalité avec laquelle les peuples européens ont abordé les Peuples Autochtones et qui a constamment teinté la façon dont les gouvernements civils et les Églises ont traité les Peuples Autochtones. D’une manière naïve et peut-être inconsciente, cette mentalité a été la nôtre et nous avons souvent été les premiers à l’exhiber. Nous reconnaissons que cette mentalité, dès le commencement et par la suite, a constamment mis en péril les traditions culturelles, linguistiques et religieuses des Peuples Autochtones.

Nous nous rendons compte que bien des maux dont sont affligées les communautés autochtones — taux de chômage élevé, alcoolisme, détérioration de la vie familiale, violence familiale, taux de suicide effarant, manque de fierté — ne sont pas tant le résultat d’échecs personnels que le résultat de centaines d’années d’impérialisme systémique. Tout peuple qu’on dépouille de ses traditions et de sa fierté légitime est victime de ces maux sociaux. Nous nous excusons sincèrement de notre participation — peu importe qu’elle ait été mise en œuvre par inadvertance ou par inconscience — dans l’établissement et le maintien d’un système social qui a dépouillé les autres non seulement de leurs terres, mais aussi de leurs traditions culturelles, linguistiques et religieuses...

Nous accueillons avec compréhension les critiques récentes portées contre le régime des pensionnats indiens et nous présentons nos excuses pour le rôle que nous avons eu dans la création et le maintien de ces institutions. Nous nous excusons de l'existence des pensionnats eux-mêmes, parce que nous reconnaissons que l’abus le plus fondamental n’est pas ce qui s’est passé dans les pensionnats, mais bien les pensionnats eux-mêmes... Ce régime entraînait de par ses politiques, le démantèlement des liens familiaux et l’éloignement des enfants de leur communauté naturelle; il avait pour prémisse, soit implicitement soit explicitement, la supériorité des langues, traditions et pratiques religieuses européennes. Les pensionnats indiens ont été une tentative d’assimilation des Peuples Autochtones et nous avons exercé un rôle de premier plan dans ce régime. De ceci, nous nous excusons.

D’une façon très particulière (ou spécifique), nous désirons présenter nos excuses pour les cas d’abus physiques et d’agression sexuelle qui ont eu lieu dans ces institutions... En dernier lieu, nous voulons également présenter nos excuses pour notre rejet des nombreuses richesses de la tradition religieuse autochtone. Nous avons parfois brisé vos calumets et nous avons considéré certaines de vos pratiques païennes et superstitieuses. Ceci aussi découle de la mentalité coloniale et du complexe de supériorité européen qui reposaient sur une façon particulière de voir les choses à une époque donnée. Nous nous excusons de notre aveuglement et de notre manque de respect...

... la sincérité seule ne tire pas les personnes hors de leur situation historique concrète. Des milliers de personnes, imbues de cette mentalité, ont consacré leur vie à un idéal qui, bien que sincère et bien intentionné, côtoyait un complexe de supériorité culturelle, religieuse, linguistique et ethnique. Ces hommes et ces femmes ont cru sincèrement que leur vocation et leurs actions servaient à la fois Dieu et les meilleurs intérêts des Peuples Autochtones. L’histoire, dans une certaine mesure, a porté un jugement cruel sur leurs efforts...

Nous savons que toute présentation d’excuses sincères comporte implicitement le ferme propos de se comporter dorénavant d’une autre façon. Nous, les Oblats du Canada, nous nous engageons à chercher à avoir une relation renouvelée avec les Peuples Autochtones; tout en continuant sur le tracé de la sincérité et des bonnes intentions du passé, nous chercherons à ne pas répéter les erreurs du passé pour établir avec eux une relation de respect et de réciprocité...

Révérend Doug Crosby OMI
Président de la Conférence Oblate du Canada
Au nom des 1 200 Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée vivant et exerçant leur ministère au Canada5

Finalement, en 1992, l'Église anglicane a aussi présenté des excuses. Ces excuses sont venues sur le tard et après des années de changements internes et de critiques, semblables aux changements qu'ont traversés les ordres catholiques. L'archevêque Michael Peers a offert des excuses plus courtes au nom de l'Église anglicane. Voici les passages clés de ces excuses : « Je suis désolé, beaucoup plus que je ne puis l’exprimer, que nous ayons été partie prenante d’un système qui vous a éloignés, vous et vos enfants, de vos maisons et séparés de vos familles. Je suis désolé, beaucoup plus que je ne puis l’exprimer, que nous ayons essayé de vous refaire à notre image en vous privant de votre langue et des symboles de votre identité. Je suis désolé, beaucoup plus que je ne puis l’exprimer, que dans nos écoles un si grand nombre de personnes ait été abusé physiquement, sexuellement, culturellement et émotionnellement. C’est au nom de l’Église anglicane du Canada que je présente mes excuses ».6

Questions de mise en relation

  1. Quelle est votre définition du mot excuse? À quoi les excuses servent-elles? Quelles sont les qualités de bonnes excuses?
  2. Quelle « confusion » l'Église Unie a-t-elle admise? Lisez ses excuses attentivement.
  3. Pour quoi le Révérend Doug Crosby s'est-il excusé dans sa déclaration de la Conférence des Oblats? Quelle responsabilité a-t-il assumée? Quels mots utilise-t-il pour décrire les intentions des Oblats dans le passé?
  4. Le Révérend Crosby a écrit : « Nous nous excusons de l'existence des pensionnats eux-mêmes, parce que nous reconnaissons que l’abus le plus fondamental n’est pas ce qui s’est passé dans les pensionnats, mais bien les pensionnats eux-mêmes ». Quel est son argument?
  5. Les excuses anglicanes affirment : « Je suis désolé, beaucoup plus que je ne puis l’exprimer, que nous ayons essayé de vous refaire à notre image en vous privant de votre langue et des symboles de votre identité ». Pour quoi l'archevêque Michael Peers, qui a fait la déclaration, s'excuse-t-il? Que veut-il dire par « ayons essayé de vous refaire à notre image »? En quoi cette idée est-elle liée à l'idée d’assimilation? Quels échos religieux retrouve-t-on dans la déclaration? Que signifient-ils?
  6. Dans quelle mesure ces excuses se comparent-elles aux qualités de bonnes excuses que vous avez énumérées en réponse à la question 1?

Citations

  • 1 : Martha Troian, « 25 Years Later: The United Church of Canada’s Apology to Aboriginal Peoples » Indian Country Today Media Network, consulté le 17 novembre 2014.
  • 2 : L'Église Uni a été formée en 1925 avec le regroupement des églises congrégationaliste, méthodiste et presbytérienne. Elle supervisait la direction de 13 à 15 pensionnats (environ 10 % du nombre total de pensionnats). Elle a présenté des excuses plus importantes en 1998 et s'est engagée depuis à travailler étroitement avec les communautés autochtones pour répondre à leurs besoins et à leurs attentes.
  • 3 : « Excuses aux peuples des Premières Nations (1986) », site Web de l'Église Unie du Canada.
  • 4 : « The Residential School System » site Web de l'University of British Columbia Indigenous Foundations, consulté le 11 septembre 2014.
  • 5 : Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée, « Présentation des excuses de la Conférence oblate du Canada aux Premières Nations du Canada », Conférence des évêques catholiques du Canada, consulté le 17 novembre 2014.
  • 6 : « The Apology—English », Église anglicane du Canada, consulté le 17 novembre 2014.
  • système de pensionnats : Au début de 1883, le gouvernement fédéral cherchait un système pour enrôler les enfants autochtones dans les écoles. Le système de pensionnats faisait partie d'un programme plus vaste du gouvernement visant à assimiler les Peuples Autochtones à la société colonisatrice par le biais de l'éducation. S'appuyant presque exclusivement sur les églises pour fournir des enseignants, des administrateurs et des instructeurs religieux, le système a été gravement sous-financé et marqué par des normes inférieures d'éducation et de réussite : négligence, malnutrition, abus et maladies étaient monnaie courante. Au cours des dernières années, des chercheurs ont découvert que certaines écoles menaient également des expériences médicales dangereuses. On estime que plus de 6 000 élèves sont morts en raison de la maladie ou des abus pendant qu'ils fréquentaient de force ces établissements. Sur une période de 150 ans, le gouvernement et les églises ont dirigé près de 150 écoles où environ 150 000 jeunes autochtones ont été inscrits de force.
  • autochtone : Terme dont l'étymologie est liée au terme latin du milieu du dix-septième siècle aborigines, qui signifie « premiers habitants ». Autochtone est le terme juridique privilégié au Canada pour le grand groupe diversifié des Premières Nations, des Métis et des Inuits.
  • d’assimilation Ce terme fait référence au processus par lequel la culture d'un groupe ou d'une personne est absorbée par une autre, pour créer une seule entité culturelle, en abandonnant ainsi une identité collective ou individuelle. Estimant que les cultures autochtones étaient inférieures, le gouvernement canadien, depuis le milieu du 19e siècle, a adopté une série de politiques visant à assimiler les Peuples Autochtones à la société des colons canadiens.

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