Tonto, personnage fictif autochtone de l’émission The Lone Ranger, émission radio des années 1930 devenue émission télévisée dans les années 1950, représente bien les stéréotypes négatifs dans la culture populaire nord-américaine à l’égard des Peuples Autochtones.

Des images des Peuples Autochtones, les décrivant souvent selon des stéréotypes négatifs, circulent depuis longtemps sous différentes formes dans les médias. Les images familières de tambours, de vêtements traditionnels, de braves guerriers et de gens qui dansent vêtus de plumes et de peau de daim accentuent l'idée que les Peuples Autochtones sont radicalement différents de la société conventionnelle. Plusieurs films hollywoodiens, séries télé, défilés de mode et publicités perpétuent ces stéréotypes, même s'ils ont très peu à voir avec les façons contemporaines (ou mêmes historiques) qu'ont les Peuples Autochtones de s'habiller, de travailler, de penser et d'agir. Les nouvelles quotidiennes ne renvoient pas un portrait réaliste non plus. « Des recherches démontrent », selon le spécialiste des médias Duncan McCue, « que les articles sur les communautés autochtones ont tendance à suivre des lignes directrices très étroites fondées sur des stéréotypes préexistants sur les Indiens ».1

Dans le poème qui suit, Thomas King explore la différence entre les images et les stéréotypes sur les Peuples Autochtones et la façon dont ces peuples vivent réellement leur vie dans le Canada moderne. M. King est photographe, radiodiffuseur, poète et professeur émérite d'anglais à l'Université de Guelph. Il a été deux fois en nomination pour les Prix littéraires du Gouverneur général.

Je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez2

Je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez
Je l'ai vu
Oh, je l'ai vu chevaucher
         un coup de vent, une vague sombre
         avec le loup et l'aigle à ses côtés
         les fesses fermes et bien découpées
         mon dieu, il a fière allure de dos
Mais je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez.

Je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez
Je l'ai entendu
Oh, je l'ai entendu rugir,
         le guerrier sauvage, le club vidéo
         les films que nous adorons tous
         les clichés que l'on ne peut pas rembobiner
Mais je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez.

Je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez
Je l'ai connu
Oh, je l'ai bien connu,
         les cheveux à la graisse d'ours, l'odeur âcre
         l'oeil perçant, le cri saisissant
      Merci mon dieu, il est du type amical,
Mais je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez.

Je suis l'autre Indien.
Celui qui vit au coin de la rue.

         celui que vous n'avez pas envie de rencontrer
         le gars d'Oka, vous vous souvenez de moi?
         Ipperwash? Wounded Knee?

Cet autre Indien.
         celui qui possède le bar du coin
         le PDG, la vedette de cinéma,
         l'aînée avec ses histoires de bingo
         l'activiste seul en prison

Cet autre Indien.
         Le médecin, le sans-abri
         les garçons qui chantent autour du tambour
         l'oncle que je ne supporte pas
         mon père qui n'était jamais là
         il devait me détester, je crois
         l'enfant de mon meilleur ami atteint du SAF
         la mère monoparentale qui conduit l'autobus
         Je suis tous ces gens et ils sont nous.

Alors, honte à vous pour vos mensonges
         et honte à moi de ne pas avoir eu le courage
         de tenir mon bout
         et de vous dire
         que ce que vous avez fait ne nous ressemble pas

Mais, à la fin, la Terre se foutra bien
         de qui était le lapin, de qui était l'ours
         de qui a fait quoi, de qui n'a rien fait
         de qui a tiré, de qui a reçu la balle
         de qui a dit la vérité, de qui a menti
         de qui a asséché les lacs et les rivières
         de qui nous a fait rire, de qui nous a rendu tristes
         de qui a donné notre monde à Monsanto
         dont l'appétit consume la Terre,
         ce n'était pas moi, pour ce que ça vaut.

Ou peut-être que si.
Mais, hey, il ne faut pas s'inquiéter
         tout n'est pas aussi sombre qu'il ne le paraît
         ce n'est pas nous qui avons foutu ce bordel.
On nous l'a légué
         et quand nous disparaîtrons
         comme l'ont fait nos parents
         nous le lèguerons.

Vous voyez?
         J'ai bien appris votre leçon
         quoi acheter, quoi vendre
         ce qui a de la valeur, ce qui ne vaut rien
         le rabais si vous payez comptant

Et les Indiens, eh bien nous serons encore là
         le Vrai et le reste de nous
         on n'a pas d'autre endroit où aller
         ne vous inquiétez pas, nous serons discrets

Eh bien, pas tant que ça.

Parfois, parfois tard la nuit
         quand le monde est chaud et mort
         Je me demande comment ça serait
         si vous aviez suivi, si nous avions commandé.

Alors, songez en vivant votre vie
que nous vivons sous le regard

         des générations qui nous observent
         des générations encore intactes
         des générations à naître
         sept en avant, sept en arrière.

Je sais, ce n'est pas facile.

Vous pouvez toujours demander au brave que vous aimez tant
         à l'Indien que vous idolâtrez
         peut-être que c'est de la sagesse sur son visage
         de la compassion dans ses yeux brillants.
         Il pourrait bien avoir une chanson secrète
         une danse à partager, un chant perdu depuis longtemps
         demandez-lui de vous aider à sauver le monde
         de vous sauver.
Ne me regardez pas.
Je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez.
Je ne peux pas.

Je ne peux pas.3

Questions de mise en relation

  1. Que signifie le titre du poème?
  2. Veuillez définir le terme stéréotype. Quels sont les stéréotypes évoqués dans le poème de M. King?
  3. Quel est l'impact de la répétition de la phrase « Je ne suis pas l'Indien que vous imaginiez »?
  4. Selon vous, y a-t-il une différence entre la façon dont vous vous voyez et la façon dont les autres vous voient? Quel est le danger des stéréotypes? Quelles sont des façons efficaces de réagir lorsque vous ou une personne que vous connaissez êtes la cible de stéréotypes?

Citations

  • 1 : Duncan McCue, « News Stereotypes of Aboriginal Peoples », site Web Reporting in Indigenous Communities.
  • 2 : Ce poème en prose (spoken-word) est dédié à Benjamin, le fils de Thomas King qui a demandé à M. King d'écrire un poème qui rime avant sa mort.
  • 3 : Thomas King, « I’m Not the Indian You Had in Mind » disponible sous forme de pièce en spoken-word auprès du National Screen Institute. Reproduit avec l'autorisation d'Ann Joe.
  • Indiens : Lorsque les premiers explorateurs européens sont débarqués en Amérique en 1492 avec Christophe Colomb, ils appelaient toutes les populations autochtones du continent des « Indiens », parce qu'ils croyaient être arrivés en Inde. Le terme s'est répandu chez les colons, et il regroupait des populations locales entières, sans égard à leur grande diversité. Finalement, le nom Indien a servi à faire une distinction entre les Peuples Autochtones et les colons, qui se sont successivement désignés comme des Européens, des blancs, puis comme des Canadien.

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