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Horaire et discipline

Apprenez-en plus sur les horaires stricts et sur le système de discipline et de surveillance imposés aux élèves des pensionnats autochtones.  
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  • Culture et identités
  • Droits humains, droits civiques

Les idées européennes sur la discipline étaient un élément central des pensionnats autochtones. Souvent, les Européens voyaient les Peuples Autochtones comme des gens n'ayant pas la discipline nécessaire pour vivre décemment. Encore aujourd'hui, l'un des stéréotypes courants sur les Peuples Autochtones est qu'ils sont paresseux (voir la lecture Culture, stéréotypes et identité). Historiquement, les notions européennes de travail et de discipline ont été étroitement liées aux idées d'indépendance, d'individualisme et d'autosuffisance (voir la lecture Le curriculum). 1 En effet, la croyance dominante chez les Euro-canadiens était que si une personne travaillait assez fort, elle aurait du succès dans la vie; le contraire était perçu comme un signe de manque de discipline. Mais la plupart de ces gens ne reconnaissaient pas l'influence négative des politiques coloniales, de la discrimination et du manque d'investissements dans les réserves sur la prospérité des Peuples Autochtones au Canada. En fait, plusieurs Européens croyaient que les valeurs autochtones devaient être éradiquées et remplacées par les coutumes occidentales.

Puisque l'argent se faisait rare et que le travail des étudiants était essentiel, de nombreux pensionnats offraient seulement des demi-journées d'enseignement. Une journée typique comprenait des prières et des leçons la moitié de la journée, généralement le matin. La deuxième moitié de la journée, les garçons recevaient une formation portant sur l'agriculture et les métiers de base. Les filles suivaient des cours d'économie familiale où très souvent, elles cousaient et reprisaient leurs propres vêtements. De plus, les élèves devaient réaliser des corvées comme traire les vaches, récolter des oeufs, couper et fendre le bois de chauffage, ramasser des fruits et faire des travaux en cuisine. Toutes les activités, du lever au coucher des élèves, étaient dirigées par une cloche. Ce système de discipline et de surveillance dans les pensionnats autochtones était très différent des méthodes d'éducation traditionnelles des communautés autochtones où la discipline était indirecte et non coercitive. Le recours aux cahiers, à la mémorisation et à l'enseignement formel était également différent de 2 et des méthodes d'apprentissage autochtones qui mettaient l'accent sur l'apprentissage par expérience s'appuyant sur la sagesse des aînés et des autres membres de la communauté. 3

Contrairement au mode de vie traditionnel, où les corvées étaient liées à la saison et aux besoins concrets de la communauté (comme la chasse et la cueillette, qui avaient lieu à des moments précis de l'année), les pensionnats appliquaient un horaire méthodique sévère. En 1851, Samuel Rose, directeur au pensionnat méthodiste Mount Elgin en Ontario, expliquait l'horaire de son école :

Règlement. – La cloche sonne à 5 h, moment où les enfants se lèvent, se lavent, s'habillent et se préparent au déjeuner. À 5 h 30, ils déjeunent. Ensuite,

ils se regroupent dans une grande salle de classe et lisent les Écritures, chantent et prient. De 6 à 9 h, les garçons travaillent et apprennent les travaux agricoles, et les filles apprennent les travaux ménagers. À 9 h, ils entrent à l'école. À midi, ils dînent et passent le reste du temps en récréation jusqu'à 13 h. À 13 h, ils entrent à l'école où ils suivent des cours jusqu'à 15 h 30; ensuite, ils reprennent leurs travaux manuels jusqu'à 18 h. À 18 h ils soupent, et se regroupent encore pour lire les Écritures, chanter et prier. En hiver, les garçons vont à l'école du soir, et les filles apprennent la couture jusqu'à 21 h; ensuite, ils vont tous se reposer. On ne les laisse jamais seuls; ils sont constamment sous la supervision des gens qui font ce dur labeur. 4

Cet horaire quotidien illustre le régime strict des élèves du pensionnat industriel de Mount Elgin du réveil à 5 h au coucher à 21 h.

Horaire quotidien à l'école Mount Elgin, 1951

5 h

La cloche sonne, les élèves se lèvent, se lavent et s'habillent.

5 h 30

Déjeuner, puis prières

6 h à 9 h

Garçons à la ferme, filles à la maison

9 h à 12 h

École

12 h à 13 h

Dîner et récréation

13 h à 15 h 30

École

15 h 30 à 18 h

Travaux à la ferme

18 h

Souper et prières

Soirée

En hiver, école du soir pour les garçons et couture pour les filles

21 h

Coucher

Source : Hope Maclean, « Ojibwa Participation in Methodist Residential Schools » The Canadian Journal of Native Studies 25 (2005), 115.

 

Dorothy Day, qui a fréquenté l'établissement Mount Elgin de 1929 à 1930, raconte un matin typique et décrit l'horaire très sévère des enfants:

On avait cinq minutes pour se lever après la première cloche, cinq minutes pour se lever et mettre nos vêtements, cinq minutes pour dévaler les deux escaliers et être en bas et se tenir en rang pour la deuxième cloche, pour se laver les mains et le visage. Et c'est tout ce qu'ils nous donnaient : cinq minutes pour se laver les mains et le visage et se brosser les dents, se peigner et se remettre en rang. On se bousculait pour descendre ces escaliers; c'était un bon exercice, pas étonnant que personne n'ait jamais pris de poids. Ils nous attendaient en bas des escaliers avec une montre pour s'assurer que nous étions là en cinq minutes. Vous auriez dû voir les filles descendre; nous avions des bottes lacées bien haut que nous attachions en arrivant en bas. Si on n'était pas là à temps, on devait remonter pour recevoir des coups de ceinture. Ils nous donnaient des coups de ceinture pour notre retard. On devait être là quand on était censé y être. 5

Finalement, la discipline allait main dans la main avec un horaire strict d'instruction religieuse. Terry Lusty, qui a fréquenté le pensionnat autochtone St-Joseph dès l'âge de trois ans décrit ce qui suit :

Tous les matins, nous allions à la messe. Chaque soir, c'était la bénédiction. Tous les jours. Et pour moi, j'en suis arrivé à un point où j'étais saturé de religion. Je lui ai plus tard tourné le dos parce que c'était trop étouffant. On vivait de la religion, littéralement, on en mangeait et on la respirait. En classe, il y avait le catéchisme. Il y avait la Bible et les prières et tout ça en latin, on apprenait les mots latins. Je peux encore les baragouiner aujourd'hui même si je ne les ai pas récités depuis de nombreuses années. Mais ne me demandez pas ce qu'ils veulent dire. Mais comme si ce n'était pas assez, en plus de ça, parce que j'avais une belle voix pour chanter, je devais faire partie de la chorale. Je devais être un enfant de chœur... 6

 

    • 1Voir John S. Milloy, A National Crime: The Canadian Government and the Residential School System (Winnipeg : Université du Manitoba, 1999), 3.
    • 2Les traditions autochtones donnent de la valeur et une signification à leurs membres, les relient aux générations passées, présentes et futures, et leur enseignent leur place dans le monde naturel. Ces traditions sont communiquées d'une génération à une autre par des conteurs, des guérisseurs traditionnels, des chefs et des aînés, souvent par l'entremise de la musique, de la danse et de cérémonies complexes qui font partie de ce que l'on appelle la tradition orale. Historiquement, les Occidentaux ont eu tendance à rejeter les cultures non écrites, comme celle des Peuples Autochtones, car ils les considéraient comme inférieures.
    • 3Derek Smith, « The ‘Policy of Aggressive Civilization’ and Projects of Governance in Roman Catholic Industrial Schools for Native Peoples in Canada », 260.
    • 4Rev. Rose Report, 1851, dans Elizabeth Graham, éd., The Mush Hole: Life at Two Indian Residential Schools (Ontario: Heffle Publishing, 1997), 227–28.
    • 5Elizabeth Graham, The Mush Hole, 436.[/footnote] [footnote=5]: 100 ans de perte : le régime des pensionnats au Canada, Guide de l'enseignant (Ottawa : Fondation autochtone de l'espoir 2011), 117.
    • 6100 ans de perte : le régime des pensionnats au Canada, Guide de l'enseignant (Ottawa : Fondation autochtone de l'espoir 2011), 117.

    Credit:
    Library and Archives Canada / PA-185530

    Questions de mise en relation

    1. En quoi la structure de l'horaire à l'école reflétait-elle les préjugés et les stéréotypes que les enseignants des pensionnats entretenaient sur la culture autochtone?
    2. En lisant les extraits de Dorothy Day et Terry Lusty, quels sont les mots qui ressortent?
    3. Quelles sont les qualités d'une bonne école? Vous pouvez créer une carte de mots pour noter vos idées. Ensuite, créez une carte de mots contraires en fonction des descriptions des pensionnats. Vous pouvez y ajouter des mots en continuant à lire ce chapitre.
    4. Comment ces descriptions de l'horaire des pensionnats se comparent-elles à celui de votre école? Que manque-t-il dans l'horaire des pensionnats? Selon vous quelle a été l'influence de ces différences sur la vie des enfants dans les pensionnats?

    How to Cite This Texte

    Facing History and Ourselves, "Horaire et discipline," last updated October 29, 2019.

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    The resources I’m getting from my colleagues through Facing History have been just invaluable.
    — Claudia Bautista, Santa Monica, Calif