Les excuses du premier ministre Harper ont été, dans l'ensemble, bien reçues par les représentants et représentantes des Premières Nations, des Métis et des Inuits qui ont participé à la séance conjointe. Ils les ont perçues comme un acte symbolique important de reconnaissance et un pas en avant pour restaurer la confiance entre les groupes. Les excuses étaient un acte symbolique à grande échelle. Plusieurs personnes qui ont travaillé pendant des années dans l'espoir d'obtenir des excuses ont eu le sentiment qu'il s'agissait du début d'une nouvelle ère. Des citoyens autochtones ont également réagi aux excuses, et leurs réactions allaient de l'émerveillement à la confusion, et de l'acceptation à l'appréhension.1

Bien que de nombreux membres du public se soient sentis valorisés lorsque le premier ministre Harper a offert les excuses du gouvernement, certains leaders autochtones ont estimé qu'elles ne correspondaient pas à ce que les gens souhaitaient entendre. Lynda Gray était directrice générale de l'Urban Native Youth Association à cette époque. Elle a écrit :

Je ne peux qu'imaginer à quel point les excuses auraient été constructives pour la communauté autochtone s'il avait choisi de ne plus se contenter de paroles, mais de se décider enfin à avancer vers la réconciliation. Parmi les choses importantes que le premier ministre a décidé de ne pas partager avec les Canadiens, on compte la destruction des traditions culturelles et spirituelles qui auraient aidé nos communautés à se remettre de l'expérience des pensionnats, et les comportements négatifs acquis de violence, de misogynie, d'homophobie et de violence envers les aînés... [en plus] du refus du Canada de signer la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.2

. . . des rapports de recherche comme le Projet Cedar — traumatisme historique, agression sexuelle et risque de VIH chez les jeunes Autochtones qui utilisent des drogues injectables et non injectables dans deux villes canadiennes — indiquent clairement les effets multigénérationnels actuels de l'expérience des pensionnats sur nos jeunes... Le premier ministre Harper reconnaît les effets actuels de l'expérience des pensionnats, mais il n'a pas pris d'engagements fermes pour favoriser un changement positif, particulièrement pour nos jeunes... Comme beaucoup de gens l'ont souligné, il faudra bien plus que des excuses pour aider nos collectivités à se sortir des moments noirs auxquels nous sommes nombreux à faire face et qui sont directement liés à l'expérience des pensionnats.3

Thohahoken Michael Doxtater est directeur du projet éducatif sur les Autochtones de l'Université McGill. Il a publié la réponse suivante :

Les Peuples Autochtones cherchent une réparation pour une longue liste d'injustices qui remontent beaucoup plus loin que celles dont ont souffert les victimes directes et collatérales des pensionnats, à qui étaient destinées les excuses du premier ministre Stephen Harper cette semaine.

En fermant la porte du pensionnat, on tombe dans un corridor bordé d'autres portes que la plupart des Autochtones connaissent. Le partenariat espéré exige maintenant de parcourir ensemble ce corridor.

Ma grand-mère Belva, ma mère, June, et mes soeurs aînées, Frances, Lynda et Lillian, ont plus de 100 descendants... Que nous ayons fréquenté le pensionnat ou les écoles qui se trouvaient dans les réserves, nous avons tous reçu de la part du ministère des Affaires indiennes une éducation qui essayait d'éliminer l'Indien en nous...

Ces excuses étaient-elles un spectacle? Concernaient-elles uniquement la question des pensionnats? Le Canada disait-il : « Nous savons que vous êtes bouleversés parce qu'un membre de notre famille a fait brûler votre maison... mais nous ne paierons que les fenêtres »?

Le Canada fait constamment étalage des deux milliards de dollars qu'il a versés en compensation pour les mauvais traitements subis dans les pensionnats. Les excuses prononcées cette semaine laissent croire aux Canadiens que la facture est réellement payée.

Par exemple, le jour même où le gouvernement conservateur s'excusait auprès des Autochtones, le député conservateur Pierre Poilièvre a déclaré, lors d'une émission radiophonique diffusée à Ottawa, que le Canada avait dépensé « une somme d'argent très importante » — 10 milliards de dollars dans son budget 2007-2008 et quatre milliards de dollars supplémentaires lors des excuses.

Il a aussi déclaré que les Indiens avaient besoin d'apprendre ce que c'est que de « travailler dur ».

Ce que le Canadien moyen a entendu est un message sur l'importance du fardeau qui vient de tomber sur le contribuable canadien pour payer les Affaires indiennes.

Mais la déclaration du premier ministre a ouvert sur des concessions remarquables.

Premièrement, le Canada a reconnu que les victimes collatérales des pensionnats étaient maintenant admises au dialogue portant sur les réparations. Des tests médicaux, sociaux et mentaux fournissent la preuve de l'impact de la transmission d'un traumatisme intergénérationnel.

Deuxièmement, le fait d'admettre que « c'était mal de retirer de force les enfants de leurs foyers » a des répercussions liées aux lois internationales. La Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948 interdit de tels actes.

Troisièmement, le Canada a mis fin à sa politique sur l'extermination des Indiens... M. Harper a déclaré au début des excuses du Canada que « cette politique d'assimilation était erronée, qu'elle a fait beaucoup de mal et qu'elle n'a aucune place dans notre pays ».

Quatrièmement, la bénédiction de M. Harper fait revenir le Canada aux principes fondamentaux établis entre la Couronne et les Peuples Autochtones qui sont inscrits dans notre mémoire collective « Que Dieu vous bénisse tous et qu'Il bénisse notre pays », a déclaré le premier ministre en invoquant Dieu et le pays...

Mais d'autres problèmes persistent, dont les excuses ne traitent pas. Il y a la stérilisation forcée réalisée à l'insu des jeunes filles autochtones jusque dans les années 1980. Et les conditions de vie pitoyables dans les réserves, où la maladie, l'eau potable, l'hébergement et la transmission intergénérationnelle de traumatismes créent des problèmes sociaux énormes. Dans les années 1980, un rapport sur l'implantation du traité des Affaires indiennes indiquait que le Canada devait aux Peuples Autochtones les terres, les ressources et certaines obligations qui s'élevaient à 11,5 billions de dollars. Partout sur le continent, les Peuples Autochtones détiennent, en vertu de traités, des titres de propriété sous-jacents pour de vastes étendues, comme le bassin des Grands Lacs.

J'ai rencontré mes cousines Mariah et Maryanne à l'occasion d'un souper. Elles m'ont demandé si j'allais déposer une demande pour obtenir une part des compensations de l'entente pour les pensionnats. Elles m'ont dit qu'elles allaient obtenir 35 000 $. « Je vais m'offrir une nouvelle voiture », a dit Maryanne. « J'en ai déjà une », a dit Mariah.

« Vous sentez-vous guéries? », ai-je demandé. Elles ont ri toutes les deux.

Et moi aussi.4

Questions de mise en relation

  1. Quelles préoccupations Lynda Gray et Thohahoken Michael Doxtater soulèvent-ils au sujet des excuses de M. Harper? Qu'est-ce que les Autochtones souhaitaient entendre d'autre dans le discours de M. Harper?
  2. Que veut dire Thohahoken Michael Doxtater quand il écrit : « Nous savons que vous êtes bouleversés parce qu'un membre de notre famille a fait brûler votre maison... mais nous ne paierons que les fenêtres »?
  3. En quoi les excuses peuvent-elles favoriser la justice et la réconciliation? Que faut-il d'autre?

Citations

  • 1 : « Reactions to Harper’s Apology », Wawatay News Online, 26 juin 2008, consulté le 14 juillet 2014.
  • 2 : Le Canada a changé son statut en mai 2016; il renonce alors à son statut d'objecteur pour appuyer la déclaration.
  • 3 : Lynda Gray, « Why Silence Greeted Stephen Harper’s Residential School Apology » The Georgia Straight, 12 juin 2008, consulté le 17 novembre 2014.
  • 4 : Thohahoken Michael Doxtater, « When it comes to Harper’s apology, words are not enough », The Gazette (Montréal), 14 juin 2008.
  • Premières Nations : Les Premières Nations vivent en Amérique du Nord depuis des dizaines de milliers d'années. Aujourd'hui, le terme fait référence aux quelque 617 communautés différentes, traditionnellement formées d'environ 400 personnes. Ces nations affichent une grande richesse et une grande diversité d'identités, de cultures et de coutumes. Plusieurs voient l'Amérique du Nord comme leur patrie traditionnelle et ne reconnaissent pas certains aspects de la souveraineté des États-Unis et du Canada. Avec les Métis et les Inuits, les Premières Nations font partie d'un plus grand groupe officiellement appelé Peuples autochtones du Canada
  • Métis : Le terme décrit de façon générale les descendants d'ancêtres européens et des Premières Nations. Au sens plus restreint, Métis fait seulement référence aux descendants des peuples des Premières Nations et des colons français au Manitoba. L'histoire des Métis est le reflet du brassage culturel des différentes façons de vivre pendant la période de la traite des fourrures en Amérique du Nord au dix-septième et au dix-huitième siècles. Éventuellement, ces descendants ont développé une langue, une culture et des traditions différentes.
  • Inuits : Le terme Inuit fait référence au sens large aux peuples autochtones de l'Alaska, du Canada et du Groenland. Inuit signifie « gens », « humains » ou « personnes » et la langue parlée dans l'Arctique canadien est l'Inuktitut. Pendant des siècles, ces communautés se sont appuyées sur leurs ressources naturelles, leurs dirigeants forts, des outils novateurs et leurs aptitudes pour survivre dans l'Arctique. Aujourd'hui, les communautés inuites du Canada vivent dans l'Inuit Nunangat, la patrie des Inuits, et la région est divisée en quatre territoires.
  • dans les réserves : Depuis le début du système de réserves dans les années 1830, de nombreux membres des Premières Nations ont habité dans des réserves au Canada. Historiquement, les réserves servaient de « laboratoires sociaux » où les habitants des Premières Nations allaient devenir productifs, « civilisés », christianisés et être assimilés au mode de vie des colons. Il y a de plus en plus de gens qui vivent à l'extérieur des réserves dans des zones urbaines ou simplement hors réserve. Au fil des ans, de nombreuses réserves sont devenues des communautés auto-gouvernées relativement autonomes. Le recensement canadien le plus récent indique qu'un peu plus de 50 % des membres des Premières Nations ayant le statut d'Indien vivent hors réserve.
  • traité : Un traité est un accord juridiquement contraignant entre deux nations souveraines. Au Canada, différents traités entre les Premières Nations et la Couronne britannique ont été signés au fil des décennies. L'intention de plusieurs traités était de créer un système au sein duquel les Premières Nations allaient partager le territoire avec la société colonisatrice, tout en conservant leur autonomie et leurs droits inhérents au territoire et aux ressources.

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