La théorie des races1 de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle était fondée sur une mauvaise science et des idées qui ont été discréditées par les gens qui étudient la génétique aujourd'hui. Néanmoins, il vaut la peine de les examiner, afin de mieux comprendre l'histoire du racisme, mais aussi parce que ces idées sont encore reflétées dans la façon dont certaines personnes parlent des différences raciales de nos jours. Les théories des races du 21e siècle voient la race principalement comme une catégorie sociale qui joue un rôle dans la façon dont les gens interagissent les uns avec les autres (souvent négativement). Bien qu'il existe de minuscules différences génétiques entre les groupes, celles-ci n'ont aucun effet sur les différences morales, intellectuelles ou de caractère entre eux.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, les scientifiques et les anthropologues ont commencé à parler des différences entre les Européens et les populations autochtones en termes de race. À cette époque, de nombreux scientifiques ont commencé à propager l'idée que les différentes races avaient des marqueurs héréditaires différents et ainsi, avaient des capacités physiques et mentales différentes. Ils ont décidé que certaines races, habituellement la leur, étaient supérieures aux autres. Rapidement, les universitaires, les politiciens, les ecclésiastiques, les artistes et d'autres personnes ont commencé à utiliser des termes péjoratifs comme Peau-Rouge pour marquer la différence entre les Peuples Autochtones et les Européens.

Samuel George Morton, anthropologue américain, a été parmi les premiers partisans de la science raciale. En se fondant sur l'observation que les êtres humains ont des cerveaux plus gros et de meilleures aptitudes que toute autre espèce animale, Morton a faussement spéculé (avec très peu de données probantes) que la même chose était vraie chez les espèces humaines; selon lui, l'intelligence, la personnalité et la moralité d'une personne étaient liées à la taille de son crâne.2 Les races ou les groupes plus intelligents ont des cerveaux plus gros et par conséquent, plus avancés que les autres, affirmait Morton, et il était d'avis qu'il s'agissait d'une façon objective de classer les différentes races qu'il avait identifiées. Morton croyait également que plus la capacité du crâne d'un groupe était grande, plus le groupe pouvait être civilisé.3 Les scientifiques ont depuis longtemps discrédité ces idées.4

S'inspirant de ses recherches pseudo-scientifiques, Morton a regroupé les gens en fonction de leurs caractéristiques physiques et a compilé des caractérisations de chaque « race » dans un volume datant de 1830 intitulé Crania Americana. Dans les extraits ci-dessous, Morton trace des portraits contrastés des Européens, des Autochtones et des Africains.

Européens

La race caucasienne est caractérisée par une peau naturellement claire, propice à toutes les teintes; des cheveux fins, longs et bouclés, et de différentes couleurs. Le crâne est grand et ovale, et sa partie antérieure est pleine et élevée. Le visage est petit proportionnellement à la tête, de forme ovale, avec des caractéristiques bien proportionnées... Cette race se distingue par ses grandes capacités intellectuelles...

La fertilité spontanée [du Caucase] en a fait le berceau de plusieurs nations, qui ont émigré dans toutes les directions, qui ont peuplé les meilleures parties du monde, et qui ont donné naissance aux habitants les plus éminents...

Amérindiens

La race américaine est marquée par un teint brun, des cheveux longs, noirs et plats. Les yeux sont noirs et profonds, le sourcil bas, les joues élevées, le nez large et aquilin, la bouche large et les lèvres gonflées [enflées] et comprimées... De caractère, les Américains n'aiment pas la civilisation et sont lents à apprendre; ils sont agités, revanchards et prompts à la guerre, et entièrement dépourvus de visées maritimes.

Ils sont forts, sensuels, ingrats, obstinés et insensibles, et la plus grande partie de leur affection pour leurs enfants repose sur des motifs purement égoïstes. Ils dévorent les aliments les plus dégoûtants, crus et sans les laver, et ne semble pas penser plus loin que ce qui est nécessaire pour le moment présent... Leurs facultés mentales, de l'enfance à la vieillesse, sont toujours celles d'un enfant... Ils [les Indiens] ne s'opposent pas aux contraintes de l'éducation, mais ils sont pour la plupart incapables d'un processus continu de raisonnement sur des sujets abstraits...

Africains

Ils sont caractérisés par un teint noir et des cheveux noirs laineux; les yeux sont grands et proéminents, le nez large et plat, les lèvres épaisses et la bouche large; la tête est longue et étroite, le front bas, les joues proéminentes, les mâchoires saillantes et le menton petit. De nature, le Nègre est joyeux, souple et indolent; bien que les nombreuses nations qui forment cette race présentent une diversité singulière de caractère intellectuel, dont le plus extrême est le plus bas niveau de l'humanité...

le caractère moral et intellectuel des Africains est largement différent chez les différentes nations... Les Nègres sont proverbialement friands de leurs distractions auxquelles ils participent avec une grande exubérance, et pour eux, une journée de dur labeur n'est pas un obstacle à une nuit de festivités.

Comme pour la plupart des autres nations barbares, leurs institutions sont souvent teintées de superstition et de cruauté. Ils semblent aimer la guerre et ne manquent pas de courage personnel, mais une fois vaincus, ils s'en remettent à leur destin et s'adaptent avec une déconcertante facilité à tous les changements de situation.

Les Nègres sont peu imaginatifs, mais ont une grande capacité d'imitation, ce qui fait qu'ils maîtrisent rapidement les arts mécaniques. Ils ont un grand talent pour la musique, et leurs sens extérieurs sont remarquablement aiguisés.5

Questions de mise en relation

  1. Quelles sont les suppositions de Morton au sujet des différences entre les humains? Selon Morton et d'autres théoriciens du 19e siècle, qu'est-ce que la race pouvait expliquer? Comment une personne de cette époque aurait-elle pu contester les suppositions de Morton?
  2. Quel rôle les idées sur la race jouent-elles dans votre communauté? Comment ces idées influencent-elles la façon dont les gens pensent et agissent?

Citations

  • 1 : Les termes contemporains figurant dans cette lecture, notamment « peau-rouge » et « nègres » reflètent la terminologie utilisée à l'époque où la source principale a été rédigée. Ces termes, pas plus que le jugement de valeur de Morton et de ses contemporains qui y est rattaché, ne sont pas acceptables aujourd'hui.
  • 2 : Alexandra Horowitz, « Why Brain Size Doesn’t Correlate With Intelligence »,Smithsonian Magazine, consulté le 17 septembre 2014.
  • 3 : Les études sur le crâne de Morton étaient critiquées par de nombreux scientifiques. Pour en savoir plus sur le sujet, voir Nicholas Wade, « Scientists Measure the Accuracy of a Racism Claim », New York Times, 13 juin 2011.
  • 4 : Nous remercions David Jones pour son aide avec cette section (communication privée, 17 juin 2015).
  • 5 : Samuel George Morton, Crania Americana (John Pennington, 1839) 5, 6, 50, 54, 81.
  • théories des races : Les théories des races européennes sont apparues à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle après les contacts coloniaux avec les Peuples Autochtones, et en raison d'un intérêt croissant pour l'hérédité, qui sera appelée génétique plus tard. Les théories des races faisaient la promotion de l'idée que les différentes races ont des marqueurs héréditaires différents et ainsi, ont des capacités physiques et mentales différentes. Les scientifiques parlaient de la population autochtone en termes de race. Des termes péjoratifs comme « Peau-Rouge » étaient utilisés pour marquer la différence entre les Peuples Autochtones et les Européens. Ces idées, bien qu'elles soient largement considérées comme fausses aujourd'hui, ont encore un écho dans la culture et les médias occidentaux.

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