Comment les Peuples Autochtones voyaient-ils les Européens à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle? Il n'existe pas de réponse unique à cette question. Mais une opinion partagée par plusieurs personnes a été exprimée en 1910 par les chefs des nations Shuswap, Okanagan et Couteau de Colombie-Britannique :

Au début, ils cherchaient seulement de l'or. Nous savions que l'or nous appartenait, mais comme nous ne l'utilisions pas beaucoup et que nous n'en avions pas besoin pour vivre, nous n'avions pas d'objection à ce qu'ils en cherchent. Ils nous ont dit « Votre pays est riche et notre arrivée vous rendra riches. Nous traversons vos terres seulement pour aller chercher de l'or ». Ils ont rapidement vu que le pays était bon, et certains de ces gens ont décidé de le coloniser. Ils ont commencé à prendre des bouts de terre ici et là. Ils nous ont dit qu'ils souhaitent utiliser ces terres seulement pour quelques années, et qu'ils nous les rendraient ensuite dans un meilleur état; dans l'intervalle, ils allaient nous donner une partie des produits récoltés en échange du prêt de nos terres. Ainsi, ils ont commencé à entrer dans nos « maisons » ou à vivres dans nos « ranchs ». Chez nous, quand une personne entre dans notre maison, elle devient notre invitée, et nous devons lui offrir l'hospitalité pourvu qu'elle ne montre pas d'intentions hostiles. À cette époque, nous nous attendions à ce que la personne nous traite de la même façon...

Présentement, les chefs (représentants du gouvernement, etc.) ont commencé à nous rendre visite, et ont eu des discussions avec certains de nos chefs. Ils nous ont dit de ne pas avoir peur, que les lois de la Reine allaient prévaloir dans ce pays, et que tout irait bien pour les Indiens ici. Ils ont dit qu'une très grande réserve serait créée pour nous (les tribus intérieures du sud) et que le gouvernement nous achèterait les terres tribales à l'extérieur de cette réserve pour que les blancs puissent s'y installer. Ils nous ont fait croire que cela serait fait bientôt, et que d'ici à ce que la réserve soit créée, et nos terres payées, ils nous ont assuré que nous aurions la liberté totale de voyager et de camper, et les mêmes libertés que dans les temps immémoriaux de chasser, de pêcher, d'utiliser les pâturages et de récolter nos aliments comme nous le souhaitions; de plus, nous allions avoir un libre accès aux sentiers, aux terres, à l'eau, au bois, etc.

Qu'avons-nous reçu en échange de notre bonne foi, de notre amitié et de notre patience? À mesure que les blancs de ce pays devenaient de plus en plus puissants et nous, de moins en moins puissants, ils ont commencé à changer peu à peu leurs politiques envers nous, et ils ont commencé à nous imposer des restrictions. Leur gouvernement ou leurs chefs ont profité tant qu'ils ont pu de notre amitié... de toutes les façons. Ils nous ont traités comme des sujets sans accord à cet effet, et ils nous ont imposé leurs lois sans notre consentement et sans songer à ce qui était bon pour nous. Ils ont dit qu'ils avaient autorité sur nous. Ils ont supprimé les anciennes lois et coutumes (peu importe si elles étaient bonnes) que nous utilisions pour nous gérer. Ils ont ri de nos chefs et les ont mis de côté. Ils ont trainé devant leurs tribunaux les affaires mineures nous concernant, qui n'avaient aucun effet sur eux, et que nous pouvions aisément régler entre nous. Ils ont appliqué leurs propres lois d'une façon pour l’homme riche blanc, d'une façon pour le blanc pauvre, et d'une autre façon pour l'Indien. Ils ont rasé... les postes des tribus indiennes. Ils ont dit qu'il n'y avait pas de ligne, sauf celles qu'ils traçaient. Ils ont pris possession de tout le pays indien et l'ont revendiqué comme le leur.... Ils ne nous ont jamais consultés sur ces questions, et n'ont jamais conclu d'accord... Ils ont volé nos terres et tout ce qui était dessus, et ils continuent de les utiliser pour leur propre profit. Ils nous traitent comme moins que des enfants et ils ne nous donnent pas droit de parole sur rien. Ils disent que les Indiens ne connaissent rien, ne possèdent rien, bien que leur puissance et leur richesse proviennent de nos possessions. Le gouvernement de la C.-B. a piétiné les lois de la Reine censées garantir nos droits. Voilà comment nos invités nous ont traités, les frères que nous avons reçus à bras ouverts dans notre maison.1

Questions de mise en relation

  1. Comment les chefs décrivent-ils les Européens? Selon vous, comment expliquent-ils le comportement des colons?
  2. Imaginez une conversation entre les chefs et les autres écrivains étudiés dans ce chapitre. Qu'est-ce que les chefs auraient à dire à Darwin, à Morton et aux autres?

Citations

  • 1 : Mémoire à Sir Wilfrid Laurier, premier ministre du Dominion du Canada, des chefs des tribus Shuswap, Okanakan et Couteau de la Colombie-Britannique, presenté à Kamloops, août 1910.

Related Content

Reading

Mots, lieux et appartenance

Lisez des extraits qui explorent l’importance de la terre et du paysage pour l’identité et la culture autochtones.

Reading

Est-ce que les excuses sont suffisantes?

Réfléchissez sur ce que deux leaders autochtones disent sur les manquements qu’ils ont constatés en ce qui concerne la réconciliation et la justice dans les excuses publiques faites par le premier ministre Stephen Harper.

Reading

L'idée de « l'Indien »

Apprenez-en plus sur les idées que les premiers Européens apportèrent au Canada, celles-ci ayant déterminé la façon dont ils ont répondu aux Peuples Autochtones qu’ils ont rencontrés.

Reading

Le gouvernement s'excuse

Réfléchissez sur les excuses présentées par le gouvernement du Canada aux Peuples Autochtones au Canada, y compris les excuses publiques présentées par le premier ministre Stephen Harper en 2008.

Search Our Global Collection

Everything you need to get started teaching your students about racism, antisemitism and prejudice.