Au cours de ses expéditions en Amérique du Nord en 1830, George Catlin a visité plusieurs Premières nations et a pris note de leurs coutumes et de leur apparence dans ses peintures et ses écrits. Le poète, essayiste et critique français Charles Baudelaire a d’ailleurs remarqué que les tableaux de Catlin « réussissaient à représenter d’une manière magistrale le caractère fier, libre ainsi que l’expression noble de ces splendides personnages. » Le tableau de Catlin peint en 1832 intitulé Stu-mick-o-súcks, Buffalo Bull’s Back Fat, Head Chief, Blood Tribe est un portrait du chef de la tribu des Pieds-Noirs, dont le territoire chevauchait la frontière actuelle entre les États-Unis et le Canada.

Certains Européens, comme le peintre George Catlin, voyaient les Peuples Autochtones en Amérique du Nord comme une représentation des Autochtones avant le développement de la civilisation occidentale : des êtres purs, courageux et nobles. Ces Européens appelaient les Autochtones qu'ils rencontraient de « nobles sauvages ». M. Catlin était, selon un chercheur, « un champion inébranlable du mythe du noble sauvage qui décrivait les Indiens d'Amérique comme des êtres indépendants à l'allure fière, des guerriers braves, mais honorables et de magnifiques princesses, des orateurs doués et des créatures vivant dans l'innocence et la simplicité de la générosité de la nature ».1 Au 19e siècle, pendant la période romantique, de nombreux auteurs européens ont adopté l'idée du noble sauvage et l'ont utilisée pour exprimer leur volonté de simplicité, de beauté et de lien profond avec la nature.

Vers le milieu du 19e siècle, les décideurs européens ont démontré de l'impatience devant la lente progression de leurs plans visant à civiliser les groupes autochtones qui insistaient pour conserver leurs traditions. Leur frustration s'est exprimée dans un autre stéréotype. Désormais, les Indiens étaient des sauvages, mais ils étaient aussi des Indiens misérables.2

Charles Dickens, le populaire écrivain britannique du milieu des années 1800, a noté ce changement d'attitude dans son essai de 1853 intitulé « The Noble Savage ». Avant la rédaction de cet essai, Dickens a assisté à une exposition des oeuvres de George Catlin. Dans cet essai, Dickens réagit au thème principal de l'oeuvre de Catlin, le caractère noble des Peuples Autochtones que l'artiste a rencontré en Amérique du Nord.

Pour en finir une fois pour toutes, j'irais jusqu'à dire que je ne crois pas du tout au noble sauvage. Je le considère comme une nuisance prodigieuse et une énorme superstition. Le fait qu'il appelle le rhum de l'eau de feu, et moi visage pâle, ne peut en rien nous réconcilier. Peu m'importe comment il m'appelle. Je l'appelle sauvage, et ce que j'entends par sauvage, c'est une chose qu'il faut éradiquer de la surface de la terre par la civilisation... Il est sauvage : cruel, trompeur, voleur, meurtrier; plus ou moins dépendant de la graisse, des entrailles et des coutumes bestiales; un animal sauvage capable de vantardise; un charlatan monotone prétentieux, fatigant et avide de sang.

Malgré cela, il est étonnant de voir comment certaines personnes parlent de lui, quand ils parlent du bon vieux temps... Il y avait [George] Catlin, il y a quelques années, avec ses Indiens ojibwés.3 M. Catlin était un homme honnête et dynamique, qui a vécu parmi plus de tribus indiennes que je ne peux en citer ici, et qui a écrit un livre pittoresque et lumineux sur celles-ci.4 Avec son groupe d'Indiens accroupis et crachant sur la table devant lui, ou dansant leurs misérables gigues à leur sombre manière, il a appelé de bonne foi son public civilisé à remarquer leur symétrie et leur grâce, leurs membres parfaits et l'expression exquise de leur pantomime; et son public, de bonne foi, s'est prêté au jeu et a admiré. Cependant, en tant que quasi animaux, ils étaient des créatures misérables, très basses dans l'échelle et très peu formées... Ce n'est pas la nature misérable du noble sauvage qui est nouvelle en soi; ce sont les gémissements d'admiration sentimentale à son sujet, et la prétention de le regretter, et les comparaisons entre les imperfections de la civilisation et les tenants de son mode de vie bestial. Pour conclure comme j'ai commencé. Ma position est que si nous avons quelque chose à apprendre du noble sauvage, c'est ce qu'il faut éviter. Ses vertus sont une fable, son bonheur une illusion, sa noblesse, un non-sens. Le monde sera meilleur quand il ne sera plus là.5

Questions de mise en relation

  1. Regardez l'image créée par Catlin. Selon vous, quel message veut-il transmettre sur les sujets de l'image?
  2. Lisez attentivement les mots de Dickens. De quelle façon décrit-il les gens qu'il appelle des Indiens, et que propose-t-il de faire avec eux? Selon Dickens, qu'est-ce qui clochait dans les peintures d'Autochtones de Catlin?
  3. Dickens, qui était reconnu pour son soutien à la classe ouvrière, ne considérait pas que les Peuples Autochtones en l'Amérique du Nord étaient dignes de sa sympathie. Dans l'extrait, il déclare : « Je l'appelle sauvage, et ce que j'entends par sauvage, c'est une chose qu'il faut éradiquer de la surface de la terre par la civilisation ». Il termine son essai en disant « Le monde sera meilleur quand il ne sera plus là ». Selon vous, que veut-il dire? Comment peut-on interpréter son attitude? Que se passerait-il si son attitude était intégrée dans une politique?
  4. Veuillez relever certaines façons dont l'essai de Dickens distingue le « nous » du « ils ou eux ». Qui est le « nous » dont parle Dickens? Qui sont le « eux »? Qu'est-ce qui les distingue?

Citations

  • 1 : Joseph B. Herring, « Selling the ‘Noble Savage’ Myth: George Catlin and the Iowa Indians in Europe », Kansas History 29, no. 4 (2006/2007), 228.
  • 2 : Carol L. Higham, Noble, Wretched, and Redeemable.
  • 3 :Pour consulter une image créée par Catlin d'un jeune chef, voir Boy Chief Ojibbeway, Fine Art America, consulté le 17 septembre 2014.
  • 4 : Dickens mentionne l'oeuvre de George Catlin, qu'il a vu en personne lorsque Catlin a exposé ses peintures à Londres peut après la rédaction de cet essai. Il se peut qu'il est également lu le récit de Catlin intitulé Souvenir of the North American Indians, as they were in the nineteenth century; A Numerous and Noble Race of Human Beings, Fast passing into Extinction Leaving no Monuments or Records of Their Own in Existence (1850). Une reproduction du livre et des illustrations est disponible dans les collections numériques de la New York Public Library.
  • 5 : Charles Dickens, « The Noble Savage » Litttell’s Living Age 481 (1852), 325–327.

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