Comment on se sent quand on nous appelle par un nom que l'on n'a pas choisi? Au fils du temps, les gens ont utilisé une longue liste de mots pour décrire les Peuples Autochtones au Canada, mais ces mots ont rarement été ceux que les Peuples Autochtones utilisent eux-mêmes. Le pouvoir des étiquettes provient du choix de mots, mais également de la façon dont ils sont prononcés (et par qui).

Mary Isabelle Young est une universitaire de descendance Anishinaabe.1 Les peuples Anishinaabes, ou Ojibwés, forment l'une des Premières Nations. Dans son livre Pimatisiwin: Walking in a Good Way, Mme Young interroge une femme Anishinaabe de descendance crie et ojibwée qui souhaite porter le nom de Niin, qui signifie « moi ».

Niin a été scolarisée dans le système scolaire canadien officiel et a grandi dans une communauté urbaine. Dans le passage qui suit, elle se souvient de la première fois dans son enfance où elle a été exposée au mot Indien. Bien qu'elle ne connaissait pas la signification du mot, le contexte dans lequel il a été utilisé lui a fait prendre conscience, pour la première fois, des différences que ses camarades voyaient chez elle.

Je ne suis pas certaine si j'étais en première ou en deuxième année; en fait, je pense que j'étais à la maternelle, car ma mère était à la maison à ce moment. Je me souviens que j'étais à l'extérieur pour la récréation. Vous savez, tout le monde courait, jouait au milieu du terrain. Tout à coup, j'ai arrêté parce que j'ai réalisé que quelques enfants de ma classe avaient formé un cercle autour de moi. Ils tournaient et tournaient en cercle, et j'ai réalisé que j'étais au milieu de ce cercle. Je me disais « Mais qu'est-ce qui se passe? » Ils disaient quelque chose et j'ai commencé à les écouter. Ils disaient « Indienne, Indienne, Indienne ». Et j'étais vraiment confuse... Je ne me voyais vraiment pas comme une « Indienne ». Pendant qu'ils faisaient cela, la cloche a sonné et tous les élèves se sont retournés vers la porte et ont commencé à rentrer. Je me souviens avoir regardé le sol en me demandant, mais de quoi parlent-ils Indienne, Indienne, Indienne?

Je ne savais même pas comment le cercle s'était formé. Je ne comprenais pas. Il m'a seulement semblé que tout à coup, ils m'entouraient et que j'ai juste arrêté pour les regarder. La cloche a sonné tout de suite après. Je me souviens avoir baissé la tête et marché en regardant le gazon; je n'y pensais pas vraiment, mais que pouvait-il bien se passer? Je ne me souvenais déjà plus au moment d'atteindre la porte. Sauf qu'une fois à la maison, j'ai questionné ma mère.

Je me souviens qu'en arrivant à la maison, ma mère était debout derrière le comptoir. Elle cuisinait quelque chose, mais elle travaillait au comptoir et j'ai simplement marché vers elle en regardant ce qu'elle faisait. Je me souviens que mon menton touchait à peine au comptoir et que je la regardais. J'ai dit « Maman, que suis-je? » Elle a posé son regard sur moi et m'a dit très rapidement « Est-ce que les gens t'ont demandé ce que tu étais? » Je lui ai répondu « Oui, ils m'appelaient Indienne ». Elle m'a répondu « Dis-leur que tu es Canadienne ». Je ne savais pas pourquoi elle avait un ton si sévère, presque fâché. Je lui ai simplement répondu d'accord et je me suis retourné, mais je me rappelle de cet après-midi très clairement. Je crois que cela m'est resté à l'esprit parce qu'ils formaient un cercle et me ridiculisaient. Et je ne savais même pas. Je ne me suis même pas offusquée, parce que je ne savais pas ce qu'ils faisaient. Même s'ils m'appelaient Indienne, je me disais quand même et alors? Je me suis toujours demandé pourquoi, pourquoi ils m'appelaient Indienne. Et c'est aussi parce que je ne me sentais pas vraiment différente d'eux, même si ma peau était plus foncée, mes cheveux bruns et mon visage plus brillant. Je ne me sentais pas vraiment différente d'eux.

J'avais seulement le sentiment que nous étions tous des enfants. Je crois que c'est à ce moment que j'ai commencé à apprendre qu'il existait différents types de personnes. Je savais qu'il existait différents types de gens simplement en regardant et en voyant des gens à l'aspect différent, mais pas des gens qui sont différents les uns des autres.2

Questions de mise en relation

  1. Selon vous, que signifiait le mot Indienne pour les élèves de la classe de Niin? Quels éléments pourraient avoir façonné la compréhension du monde de ses camarades?
  2. Niin aborde sa mère et lui demande « Maman, que suis-je ». De nombreuses personnes se posent les questions « Que suis-je? » et « Qui suis-je? ». Comment pouvez-vous expliquer que la confrontation avec ses camarades a poussé Niin à se questionner sur son identité?
  3. Que pensez-vous de la réponse de la mère de Niin? Selon vous, pourquoi la mère de Niin lui a répondu qu'elle était Canadienne? Que voulait-elle que Niin comprenne sur elle-même? En fonction du reste de l'extrait, que voulait-elle que les camarades de Niin apprennent?

Citations

  • 1 : Mary Isabelle Young et coll., eds., « About the Contributors », dans Warrior Women: Remaking Postsecondary Places Through Relational Narrative (Bradford, UK: Emerald Group Publishing, 2012), 191.
  • Indien : Lorsque les premiers explorateurs européens sont débarqués en Amérique en 1492 avec Christophe Colomb, ils appelaient toutes les populations autochtones du continent des « Indiens », parce qu'ils croyaient être arrivés en Inde. Le terme s'est répandu chez les colons, et il regroupait des populations locales entières, sans égard à leur grande diversité. Finalement, le nom Indien a servi à faire une distinction entre les Peuples Autochtones et les colons, qui se sont successivement désignés comme des Européens, des blancs, puis comme des Canadiens.
  • 2 : Mary Young, Pimatisiwin: Walking in a Good Way, A Narrative Inquiry into Language as Identity (Manitoba: The Prolific Group, 2005), 47–48. Reproduit avec l'autorisation de Pemmican Publications.

Related Content

Reading

La perte de la langue

Théodore Fontaine se souvient d’avoir été puni pour avoir parlé ojibwé, sa langue autochtone, lorsqu’il était étudiant au pensionnat autochtone de Fort Alexander.

Reading

Les premiers jours

Albert Canadien raconte sa première journée dans un pensionnat autochtone et l’assimilation qu’il a vécue.

Reading

Pourquoi se réconcilier?

Réfléchissez à la mesure dans laquelle il peut être important pour les Survivants et Survivantes du système des pensionnats autochtones de parler de leurs expériences.

Reading

Réconciliation

Richard Wagamese décrit son chemin vers la réconciliation au travers des traumatismes, de la violence et des mauvais traitements des pensionnats autochtones.

Search Our Global Collection

Everything you need to get started teaching your students about racism, antisemitism and prejudice.