Dans quelle mesure notre identité est-elle influencée par notre famille et notre communauté? Quelle est l'influence des stéréotypes et des préjugés sur notre vision de nous-mêmes? Quelle est l'influence des stéréotypes sur notre sentiment de fierté, de sécurité et d'indépendance?

En février 2014, le Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants (Ontario) a publié le document Les Plumes de l'espoir, un plan d'action pour les jeunes autochtones. Ce plan énumère les « étapes vers l'espoir », soit des mesures recommandées par le groupe de jeunes leaders sur la façon dont le gouvernement et les leaders des communautés des Premières Nations devraient aborder les réalités difficiles auxquelles les jeunes autochtones sont confrontés dans leurs vies dans les réserves. Dans l'extrait ci-dessous, l'un des auteurs du rapport analyse la question de l'identité autochtone.

En grandissant, la plus grande partie de notre identité est forgée par nos parents, nos grands-parents et l'ensemble de notre communauté. Elle est à l’intérieur et à l’extérieur de la réserve et les représentations de nous-mêmes que nous voyons ou ne voyons pas dans les médias et la société canadienne en générale. Notre vision de nous-mêmes est fortement influencée par nos familles, dans le sens culturel et traditionnel du mot, c.-à-d. : les parents éloignés, nos conseils de bande et les dirigeants des Premières Nations, les praticiens de la santé et les éducateurs, pour n'en nommer que quelques-uns. Cela me pousse à me questionner sur l'effet de ces influences sur nos vies et sur la façon dont nous nous voyons en tant que jeunes et personnes.

Pour commencer, il est difficile de parler de la vision que les jeunes des Premières Nations ont d'eux-mêmes. J'ai rencontré des jeunes aux caractères très différents, des plus fiers parmi les jeunes les plus fiers des Premières Nations, aux plus timides, introvertis et sans voix... J'estime que les jeunes les plus confiants sont habituellement ceux qui ont des liens solides avec leur culture et leurs racines des Premières Nations. Le fait d'avoir une identité forte offre un niveau de confiance qui influence ce que nous faisons et tout ce qui est en nous, jusqu'aux décisions que nous prenons.

On ne peut pas parler d'identité sans mentionner les stéréotypes pervers qui influencent la façon dont les autres nous perçoivent et la façon dont nous nous percevons nous-mêmes. Voici certaines idées et certains termes courants utilisés pour décrire les gens des Premières Nations :

Stéréotypes positifs : guide spirituel, amant de la nature, lien avec les esprits, sagesse, stoïcisme, traditionnel, courageux, cheveux longs, guerrier.

Stéréotypes négatifs : Indiens, indigènes, ploucs, tresses, Indiens blancs... alcooliques, paresseux, peaux-rouges, sauvages, riches, pauvres, drogués, voyous, bandits, ingrats, victimes, fâchés, pas de taxes, bruns (ou « blancs »), violents.

Plusieurs de ces stéréotypes sont contradictoires et créent de la confusion chez les jeunes. Nous devons, en tant que gens des Premières Nations, commencer à remettre en question les croyances que nous avons les uns sur les autres et sur nous-mêmes. Les jeunes doivent amorcer un processus d'auto-apprentissage pour défaire les images négatives que nous voyons et que nous croyons sur nous-mêmes. Nous devons explorer la provenance de ces croyances et commencer à remettre en question la validité des sources, puis reconstruire nos identités à l'aide d'images de nous-mêmes positives et habilitantes. Une partie essentielle de ce processus consiste à travailler avec les Aînés.

... des musiciens (beat-box, hip-hop, batterie, chant), artistes, jeunes leaders, porteurs de robe à franges et athlètes, aux experts du savoir traditionnel, étudiants en médecine traditionnelle et chasseurs, nous partageons tous la même vision à savoir que nous constituons un groupe cohérent et uni avec nos différentes identités. Nous sommes les « Sept nuances de brun, » pour emprunter le nom de groupe d'une équipe de forum, qui a trouvé ce nom afin que tous ses membres développent un sentiment d'appartenance.

Lorsque nous avons une identité forte, saine et positive, nous sommes assez confiants pour faire ce que tout le monde ferait en ce qui concerne les objectifs de vie, l'éducation et l'habilitation à changer nos vies, malgré les messages négatifs que nous entendons et qui sont fondés sur la couleur de notre peau. Il est malheureux que certaines des choses que nos parents nous ont transmises pour nous protéger des obstacles auxquels ils ont fait face en grandissant, malgré le bien-fondé de leurs intentions, soient mal avisées. À titre d'exemple, certains parents ont choisi de ne pas transmettre leur langue par crainte que leurs enfants aient de la difficulté à s'adapter au monde moderne parce qu'il est difficile d'apprendre à parler leur langue et l'anglais. Des traditions n'ont pas été transmises parce que nos parents avaient peur de la stigmatisation et s'inquiétaient du fait que la pratique de certaines traditions, comme la purification ou le « smudging » (l'une des façons d'utiliser les médecines traditionnelles), l'utilisation de nos médecines traditionnelles, les tentes de sudation et les cérémonies soit perçue comme de la « magie noire ». Ce sentiment de honte par rapport à nos traditions et à notre culture a été inculqué à nos parents quand ils étaient jeunes dans les pensionnats, et il s'agit encore d'un problème aujourd'hui à la maison...

Il est difficile de s'identifier comme un membre des Premières Nations dans la société canadienne générale lorsque vous ressentez ce sentiment de honte et que vous êtes entouré de gens qui vous jugent de haut...1

Questions de mise en relation

  1. Selon Les Plumes de l'espoir, un plan d'action pour les jeunes autochtones, quelles sont les forces qui influencent les identités autochtones au Canada? Quelles ressemblances et différences voyez-vous entre les forces qui façonnent l'identité autochtone et les forces qui façonnent votre identité?
  2. Que laisse entendre le rapport à propos de la relation entre le sentiment de sécurité d'une personne dans son identité et l'accès à ses racines culturelles? Que suggèrent les auteurs du plan d'action à propos de la relation entre la langue et la culture autochtone?
  3. Que sont les stéréotypes? Les auteurs du rapport énumèrent les stéréotypes positifs et négatifs sur la culture autochtone. Selon le plan d'action, quels sont les effets des stéréotypes sur l'identité autochtone? Est-ce que les stéréotypes positifs et négatifs sont également nuisibles?
  4. Qu'est-ce que la honte? D'où provient-elle?
  5. Comment la langue peut-elle rassembler les gens? Dans quelle mesure la langue est-elle importante pour définir nos identités individuelles et collectives? En quoi le fait de ne pas partager une langue commune peut-il créer des barrières, même si l'on trouve d'autres façons de communiquer? 

Citations

  • à l’intérieur et à l’extérieur de la réserve : Depuis le début du système de réserves dans les années 1830, de nombreux membres des Premières Nations ont habité dans des réserves au Canada. Historiquement, les réserves servaient de « laboratoires sociaux » où les habitants des Premières Nations allaient devenir productifs, « civilisés », christianisés et être assimilés au mode de vie des colons. Il y a de plus en plus de gens qui vivent à l'extérieur des réserves dans des zones urbaines ou simplement hors réserve. Au fil des ans, de nombreuses réserves sont devenues des communautés auto-gouvernées relativement autonomes. Le recensement canadien le plus récent indique qu'un peu plus de 50% des membres des Premières Nations ayant le statut d'Indien vivent hors réserve.
  • 1 : « Identité et culture », dans Ensemble nous sommes... Les Plumes de l'espoir, un plan d'action pour les jeunes autochtones (Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants, 2014), 66–80, disponible sur le site Web de l'Inspiration Foundation, consulté le 18 septembre 2014. Reproduit avec l'autorisation du Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants, 2014.

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