Coloniser la Pologne
Language
French — FRUpdated
Coloniser la Pologne
Tiré du chapitre 8 de La Shoah et le comportement humain
Une Polonaise identifiée comme « Mme J. K. » décrit son expulsion de son
domicile par les nazis:
Le 17 octobre 1939, à 8 heures du matin, j’ai entendu quelqu’un frapper à la porte de mon appartement. Comme ma femme de chambre avait peur d’ouvrir, je suis allée moi-même à la porte. Deux gendarmes [policiers] allemands s’y trouvaient et m’ont dit que dans quelques heures, je devais me tenir prête à partir avec mes enfants et tous les occupants de la maison. Quand j’ai dit que j’avais de petits enfants, que mon mari était prisonnier de guerre et que je ne pouvais pas me préparer à partir en si peu de temps, les gendarmes m’ont répondu que : non seulement je devais être prête, mais que l’appartement devait être balayé, les assiettes et la vaisselle lavées et les clés laissées dans les placards, pour que les Allemands qui devaient vivre chez moi soient tranquilles. À maintes reprises, ils ont par ailleurs déclaré que j’avais le droit de prendre avec moi une seule valise de 50 kilogrammes [110 livres] au maximum et un petit sac à main avec de la nourriture pour quelques jours.
À midi, ils sont revenus et nous ont ordonné de sortir devant la maison. Des groupes semblables de personnes se tenaient devant toutes les maisons. Après quelques heures d’attente, des camions bâchés [militaires] sont arrivés et ils nous ont fait monté les uns après les autres, en nous criant après et en nous frappant avec brutalité. Ensuite, ils nous ont emmenés à la gare, mais ce n’est que le soir qu’ils nous ont fait monté dans des wagons, dont ils ont ensuite verrouillé et fermé les portes. Dans ces wagons, dont la plupart étaient entassés avec une quarantaine de personnes, nous avons passé trois jours, sans pouvoir sortir. J’affirme par la présente que dans mon wagon, il y avait six enfants de moins de dix ans et deux vieillards, et qu’on ne nous avait donné ni paille, ni ustensiles pour boire, que nous devions satisfaire nos besoins naturels aux yeux des autres, et que s’il n’y a pas eu de morts au cours du trajet, c’est uniquement parce qu’il faisait encore relativement chaud et qu’il n’a duré que trois jours. Nous avons été déchargés, à moitié morts à Czestochowa [dans la partie du gouvernement général de la Pologne], où la population locale nous a aidés immédiatement. Mais les soldats allemands qui ont ouvert le camion se sont écriés :
« Quoi ! Ces porcs polonais sont toujours en vie ? »
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Des Questions
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Quel était le lien entre les croyances des nazis à propos de la race et leur quête d’un « espace vital » ?
- Comment les histoires individuelles de cette lecture vous aident-elles à comprendre les conséquences des politiques nazies basées sur ces croyances en Pologne ?
- Qui a profité du programme nazi de réorganisation de la population de la Pologne ? Qui a souffert de ce programme ?
- Quel aperçu cette lecture vous fournit-elle sur les facteurs qui ont encouragé les Allemands à soutenir l’effort de guerre ?
- 1Tiré dans Nazism : A History in Documents and Eyewitness Accounts, 1919-1945, vol. 2, éd. Jeremy Noakes & Geoffrey Pridham (New York : Schocken Books, 1988), 937–38.
How to Cite This Texte
Facing History & Ourselves, “Coloniser la Pologne”, last updated octobre 8, 2024.