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La perte de la langue

Théodore Fontaine se souvient d’avoir été puni pour avoir parlé ojibwé, sa langue autochtone, lorsqu’il était étudiant au pensionnat autochtone de Fort Alexander.  

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French — CA
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Le gouvernement et les administrateurs des écoles ont souligné l'importance de pousser l'utilisation de l'anglais (et parfois du français, voire même du latin pour la messe et les autres rituels religieux), car ils reconnaissaient le fort lien entre la langue et la culture. L'interdiction des langues autochtones a entraîné une grande confusion et des tensions chez les élèves. Plusieurs élèves ne parlaient pas l'anglais au moment d'entrer à l'école, et ne pouvaient pas comprendre ce que l'on attendait d'eux. Pour d'autres, parler leur langue maternelle était une forme de résistance, une façon de cacher au personnel de l'école leurs véritables émotions et pensées. Cependant, les écoles répondaient habituellement à l'utilisation des langues autochtones par la force.

L'auteur d'un livre à succès et commentateur sur les pensionnats autochtones Theodore Fontaine a fréquenté le pensionnat Fort Alexander au Manitoba et parlait seulement ojibwé quand il était enfant. Voici comment il décrit son expérience à l'école :

Un jour, nous étions tous dans la salle de jeu. Je jouais sur le sol avec des amis, et nous rejouions un film que nous avions vu en nous servant de petits objets comme des pierres et des morceaux de bois pour jouer aux cowboys. J'ai été surpris lorsque Soeur S., la superviseure ce jour-là, m'a presque couché sur le dos en enroulant son bras osseux et puissant autour du mien. J'avais dit quelque chose en ojibwé sans faire attention. Elle a pensé que je parlais d'elle lorsque quelques garçons ont ri de ce que j'ai dit. Elle a crié qu'elle allait me laver la bouche avec du savon, mais elle m'a plutôt tiré vers l'endroit où elle était assise. Elle m'a enfermé dans un garde-robe derrière sa chaise. C'était un endroit sous les escaliers menant au deuxième étage qui était utilisé pour ranger des balais et d'autres articles de nettoyage.

Je ne me souviens pas combien de temps j'y suis resté, mais ça m'a semblé une éternité. J'étais désespéré. J'ai essayé de m'asseoir, mais je me suis cogné la tête. J'ai essayé de voir la lumière sous la porte. Au moins, je me sentais proche de mes camarades en les entendant jouer. J'ai plissé les yeux pour m'imaginer en train de gambader avec mon cousin Dee à Treaty Point. J'ai étiré les jambes, ce qui a fait résonner un seau dans le garde-robe. Soeur S. m'a dit de me taire. Au moins, sa voix caverneuse m'a rassuré. J'ai sangloté pendant un moment, en vain. Au bout d'un moment, elle m'a laissé sortir. Son premier mot a été « Tiens! » suivi par un avertissement qu'il ne fallait pas parler ma langue de « sauvage ».

. . .

Quand j'étais petit, je parlais seulement ojibwé. Je connaissais certains mots en anglais que j'avais appris en écoutant les autres... Mon éducation en anglais a été longue et ardue, et les leçons étaient parfois très surprenantes. Le fait d'avoir passé du temps dans notre réserve et d'avoir entendu les gens parler ojibwé avait permis aux prêtres et aux autres personnes en autorité d'apprendre un peu notre langue et de comprendre un peu nos conversations de temps à autre. Les soeurs, plus particulièrement, écoutaient lorsque nous nous parlions tout bas en ojibwé. Elles faisaient semblant de ne pas entendre ou de ne pas nous comprendre pour nous attraper lorsque nous disions quelque chose qu'elles n'aimaient pas. Je pensais alors que c'était l'une des raisons pour lesquelles nous ne pouvions pas parler notre langue. Plus tard, j'ai appris qu'elles pensaient que c'était une langue de sauvages qui n'avait pas été créée par Dieu. 1

Parmi les autres punitions utilisées pour empêcher les enfants de parler leur langue maternelle, on compte l'isolement forcé, la privation de repas et le lavage de la bouche des enfants avec du savon. Dans les cas extrêmes, les enseignants donnaient des décharges électriques aux élèves ou leur enfonçaient des aiguilles dans la langue pour associer leur langue maternelle à une douleur intense. 2

Questions de mise en relation

  1. Selon vous, pourquoi l'utilisation de l'anglais et du français était-elle imposée si violemment à l'école et pourquoi l'utilisation des langues autochtones entraînait-elle des châtiments? Quels effets, à court et à long terme, l'imposition des langues européennes a-t-elle eue sur les élèves?
  2. Quelle est l'importance de votre langue pour votre identité? En quoi la langue relie-t-elle des lieux, des gens et des traditions qui sont au centre de l'identité d'une personne?
  3. Qu'est-ce que les gens et une culture perdent lorsqu'une langue n'est plus parlée?
  • 1Theodore Fontaine, Broken Circle: The Dark Legacy of Indian Residential Schools (Victoria: Heritage House Publishing, 2010), 106–109.
  • 2These Schools Are Our Schools », The Economist, 9 octobre 2013.

How to Cite This Reading

Facing History & Ourselves, “La perte de la langue”, last updated October 16, 2019.

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— Claudia Bautista, Santa Monica, Calif